Humanitas et Tempus VIII

N. Lygeros




La société n’est qu’un dogme. Toute sa puissance et sa faiblesse proviennent de ce fait. Croire en elle la rend puissante. La remettre en cause, l’épuise. C’est l’individu qu’elle impressionne et c’est l’homme qu’elle craint. L’un la rassure et l’autre lui fait courir un danger. En tant que dogme, elle se base sur la crédulité des gens. Elle s’appuie aussi sur l’absence de connaissances historiques et transforme ainsi son omniprésence en omniscience. Le système social sait tout et s’occupe de tout. Quant à sa bureaucratie, elle n’est qu’une forme larvée de dictature. C’est d’ailleurs pour cette raison que les meilleures réalisations, dans le sens strict du terme, sont des régimes autoritaires qui n’ont pu s’empêcher de commettre un crime contre l’humanité. Lorsque l’autorité ne suffit pas, elle doit s’aider de la barbarie. Cette dernière n’apparaît que comme un outil social ultime. Lorsque le système affronte des résistances culturelles ou religieuses dont l’existence remet en cause la hiérarchie souveraine, alors il change d’attitude et prend les choses en main, de manière barbare. Il interprète ces résistances comme des frictions internes. Il s’agit donc d’une mise au point d’ordre logistique du point de vue du système. Alors la solution ultime consiste à utiliser les moyens de la guerre totale contre une population désarmée. Dans ce cadre, elle ne fait qu’appliquer son dogme. De manière massive, elle impose sa loi sans permettre la moindre remise en question. La chronologie de ces crimes est longue mais il est nécessaire de l’avoir en tête pour comprendre ce que signifie l’humanité. Car chacun de ces crimes est une blessure qui caractérise la structure de la résistance de l’humanité face à ces intrusions temporelles. Les génocides des Arméniens, des Pontiques, des Ukrainiens, des Juifs, des Cambodgiens sont des paradigmes. Même s’ils suivent le même schéma d’extermination ainsi que les phases de Stanton, ces génocides apportent à chaque fois des éléments structurels sur l’humanité et non seulement sur les régimes autoritaires. Car la barbarie de ces derniers se mesure aussi avec la résistance des victimes et des justes. Sans la résistance humaine, le génocide social serait un crime parfait. Seulement à chaque fois, des hommes se sont révoltés pour lutter contre cet acte de barbarie. L’humanité ressemble à la nature. Nous ne prenons conscience de sa réalité que lorsque nous la détruisons. Et elle ne devient palpable que lorsqu’elle résiste à cette destruction. Les victimes et les justes n’acquièrent leur statut qu’à travers l’acte de barbarie qui tente de les faire disparaître. Comme ils n’ont pas de place dans le dogme, ils doivent être effacés par le système. Alors l’humanité apparaît de manière effective à travers les groupes de résistance. Car au niveau local, ce sont eux, ce que nous nommons l’humanité. Ces poches de résistance sont des boucles temporelles qui refusent la linéarisation du système. Ils apparaissent sous forme de réaction car ils correspondent au feed-back de la cybernétique. Cette boucle en arrière par rapport à l’évolution linéaire permet de contrer le système qui agit comme un véritable module d’effacement. Ces mémoires locales ne sont pourtant que les sommets d’icebergs profondément immergés dans l’océan de l’humanité. Leurs actions ne sont que des révélations car le fond n’est pas accessible sans recherche spécifique qui remette en cause le dogme de la société.







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