Sur la renaissance du Moyen-Âge

N. Lygeros




En analysant les récits des pèlerins, des croisé et même d’individus isolés dans des périodes encore plus anciennes, nous avons de plus en plus de difficultés à mettre une frontière claire entre le Moyen-Âge et la Renaissance. En effet les chroniqueurs ne manquent jamais de mentionner dans leurs références non seulement des auteurs latins comme il se doit mais aussi des auteurs grecs de l’Antiquité. Ainsi dans les textes d’auteurs germaniques qui sont allés en terre sainte nous trouvons des allusions à Aristote, Parménide ou même Polybe. Aussi la séparation temporelle entre le Moyen-Âge et la Renaissance se transforme dans ces écrits entre séparation spatiale entre l’orient et l’occident pour ne pas dire religieuse entre les Latins et les Grecs qui correspondrait de nos jours en une séparation dogmatique entre Orthodoxes et Catholiques. La précision des récits et des analyses qui appartiennent temporellement pourtant au Moyen-Âge, démontre l’importance d’une part des contacts et d’autre part des connaissances de ces voyageurs. Ainsi l’un d’entre eux, en visite dans le monastère de Sainte-Catherine vers le mont Sinaï, ne manque pas de s’étonner sur la richesse des manuscrits de la bibliothèque. Il examine des manuscrits qu’il considère comme rares et même comme inconnus de sa part. Seulement il a déjà accès à ces textes sans l’intermédiaire de la traduction arabe. Nous nous retrouvons donc dans une configuration historique nettement différente de l’histoire traditionnelle. Il est donc préférable de considérer qu’il y a eu à plusieurs reprises des échanges seulement ils n’ont pas réussi à s’imposer dans l’histoire globale du Moyen-Âge. Sans doute que ces éléments étaient bien trop isolés, peut-être qu’ils ne désiraient pas faire part de toutes leurs découvertes, dans tous les cas, ce qui est certain, c’est l’absence de changement de phase observé à l’échelle de l’Europe. Nous sommes en présence d’une phase de percolation lente qui n’est parvenue à produire un changement réel que bien plus tard. Cependant cela ne permet plus de dire de manière aussi tranchée, qu’il y a une rupture nette entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Cette dernière correspond plus à un changement massif qui n’interdit pas des changements locaux. Il est même possible d’imaginer la mise en place d’un réseau de personnes initiées qui maintenait et étudiait les connaissances du passé et plus spécifiquement de l’Antiquité dans un monde où sévissait globalement l’obscurantisme. Cette nouvelle manière d’interpréter l’évolution historique des connaissances permet d’activer les phases décrites par Thomas Kuhn dans la structure des révolutions scientifiques. Ainsi il est possible de réfuter l’idée d’une absence totale de connaissances diachroniques pendant le Moyen-Âge sans pour autant remettre en cause la valeur de la Renaissance dans l’évolution de l’histoire humaine. Aussi le Moyen-Âge ne peut plus apparaître comme une entité compacte et obscure. Il a été lui aussi traversé par de fins filaments lumineux qui tiraient leur source de l’Antiquité. Les auteurs de l’Antiquité même s’ils n’ont pu transformer l’ensemble du Moyen-Âge, ont laissé suffisament de traces pour créer le substrat nécessaire à la naissance de ce que nous appelons désormais la Renaissance.







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