Ambiguïtés révélatrices

N. Lygeros




Les combattants de la cause arménienne se sentent bien souvent seuls. Il faut dire que la reconnaissance du génocide des Arméniens semble soit aller de soi soit être irréaliste dans son ensemble surtout avec l’introduction de la problématique de la pénalisation. Aussi nous devons affronter une double indifférence du laisser faire avec le credo suivant : il n’y a rien à faire, rien n’est faisable. Cependant cet état de fait est généralisable à l’ensemble de la question orientale et par ce biais il met en avant des ambiguïtés révélatrices non seulement sur les positions européennes mais aussi sur les positions turques. Car nous avons à subir sur le plan diplomatique le schéma mental suivant : démocraties molles et régime dur. Il faut bien avouer que l’absence d’une constitution européenne n’aide en rien notre positionnement global en tant qu’européens. Mais il est vrai que la possibilité d’émergence d’un traité basé plus sur l’intersection européenne que l’union européenne nous permettra de nous redéployer. En attendant nous avons à faire face à un état où règnent les assassinats politiques, les assassinats religieux, les menaces de coup d’état militaire, les crises institutionnelles et l’instabilité géostratégique. La Turquie est malgré tout présentée comme un pays qui s’appuie sur trois piliers à savoir la laïcité, la démocratie et l’état de droit. Ceci a priori n’est pas négatif mais comment penser que cela soit crédible lorsque nous entendons que le garant de tout cela c’est l’armée. Quant à la mise en avant de l’islamisme modéré ou pas d’ailleurs pour crédibiliser cela, elle est complètement ridicule. Car cela fait bien des années que la Turquie joue sur les ambiguïtés. Et c’est justement cette tactique diachronique qui a posé des problèmes systématiques aux combattants de la cause arménienne. Car sur quel pied danser face à un tel oxymore qui navigue entre le paradoxe et l’absurde ? L’avantage de la clarification des enjeux et des relations, c’est que malgré les tensions créées nous analysons mieux la réalité d’un pays dont les fondements sont le génocide. La cause arménienne avance peu à peu mais de manière réelle car les démocraties réalisent de mieux en mieux la nature véritable de la Turquie. Les avancées ne sont pas dues à une meilleure compréhension de la cause arménienne mais à la pression et à la menace qu’exerce la Turquie sur l’Union Européenne. C’est aussi dans ce sens qu’agit la problématique chypriote. Car certains états-membres de l’Union Européenne sont forcés de réaliser les actes et les manoeuvres de la Turquie dans un contexte international qui n’appartient pas au passé lointain où même au passé oublié. La non-reconnaissance d’un état membre de l’Union Européenne appartient bien au présent diplomatique. Alors comment s’étonner que la Turquie ne veuille pas reconnaître le génocide des Arméniens. Ainsi les ambiguïtés révélatrices de ce pays, nous permettent de mieux imaginer si ce n’est de comprendre les atrocités du passé. La reconnaissance du caractère particulier de ce candidat à l’entrée dans l’Union Européenne crée des alliances naturelles entre certains états qui vont dans le sens de la cause arménienne. Car ces états-membres réalisent qu’il n’y a rien de faux ou d’exagéré dans la cause arménienne puisqu’ils aperçoivent désormais la raison turque.







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