Sur les études et conseils de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




L’examen du Codex Atlanticus de Leonardo da Vinci permet d’éliminer de nombreux reproches émis à l’encontre du maître. L’un d’entre eux est qu’il ne s’est guère préoccupé de ses disciples. Dans ce même registre nous pourrions mettre aussi l’absence d’école, en d’autres termes la continuation de son œuvre. Sans vouloir trancher cette problématique en mettant en exergue le caractère terminal du génie universel de Leonardo da Vinci, nous tenons tout de même à remarquer que ce concept explique bien des apories. Cependant en ce qui concerne les conseils, ce serait tout simplement un mensonge que de dire que le maître n’en prodiguait pas à ses disciples L’analyse diachronique de ses manuscrits permet de constater la nécessité qu’il éprouve à expliquer ce que certains nommeraient des détails. Mais ces détails sont souvent regroupés chez Leonardo da Vinci dans des synthèses certes quelque peu elliptiques mais malgré tout existantes.

« Je dis qu’il faut d’abord apprendre les membres et leur mécanisme […] »

Ce début est on ne peut plus explicite quant à l’approche du maître.

« […] et quand on les connaît il faut examiner leurs gestes suivant les situations où l’homme peut se trouver […] »

Il ne s’agit pas de contexte pour le moment mais de la fonction même du personnage. La compréhension de sa fonction permet d’approfondir notre connaissance de son entité. La fonction n’est pas un simple complément mais un outil de synergie.

« […] et en troisième lieu composer les istorie, pour lesquelles on étudiera les gestes naturels que les hommes font au hasard des situations là où ils se trouvent. »

Dans cette phase, afin de raconter une histoire, il faut voler des morceaux de vie à la réalité pour avoir une œuvre réaliste. La contextualisation s’effectue par l’observation des situations réelles. L’homme peint est donc un triple assemblage pour le maître. Aussi le disciple doit suivre cet ordre pour ne pas trahir la pensée de Leonardo da Vinci mais surtout la réalité de la nature.

« Et fais-y attention dans les rues, places et campagnes, et note-les par une brève indication des contours […] »

Ainsi le maître ne se contente pas d’expliciter un schéma mental méthodologique, il s’inquiète de l’effectivité de son application et précise le moindre détail.

« […] c’est-à-dire pour une tête tu feras un O et pour un bras une ligne droite ou brisée, et de même pour les jambes et le buste ; puis retournant chez toi, donne à ces aide-mémoire une forme accomplie… »

Cette manière de procéder présuppose l’existence d’un carnet accessible à tout moment afin de noter la moindre image de la réalité. Ceci explique l’existence de nombreux petits carnets où Leonardo da Vinci prenait des notes qui faisaient ensuite l’objet d’études et parfois même d’une œuvre de peinture. Il n’est pas artificiel puisqu’il transcrit non seulement sa méthodologie mais véritablement l’histoire de sa propre vie. Aussi ces conseils ont un rôle double pour les léonardistes : ils montrent ses préoccupations et le déroulement de sa pensée à travers l’exemple de sa vie.







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