Réflexions sur le sens du 24 Avril 1915

N. Lygeros




La concentration de tout notre espace de réflexion sur un seul jour même si c’est le 24 Avril 1915 ne nous permet pas de comprendre la véritable dimension du génocide des Arméniens. Il est vrai que cela est dit par certaines personnes parmi les plus efficaces dans la lutte pour la reconnaissance néanmoins leurs paroles restent lettre morte aussi nous avons décidé d’aborder le problème de ce schéma mental d’une tout autre manière. Nous avons choisi le théâtre d’opérations des Balkans afin de ne pas être trop éloignés du contexte plus général. Imaginons alors que nous sachions que le 2 Janvier 1915, le grand-duc Nicolas fit appel à Kitchener et lui demanda une diversion pour alléger la pression qu’exerçait la Turquie sur les armées russes du Caucase. Certains spécialistes du génocide des Arméniens ne manqueront sans doute pas de faire le premier lien mais peu importe. Imaginons de plus que nous sachions aussi que Kitchener suggéra une démonstration navale contre les Dardanelles car il ne pouvait fournir des troupes. L’étau se resserre pour l’historien de l’époque. Imaginons enfin que nous sachions que Churchill proposa de convertir cette démonstration en une tentative pour forcer le passage. Á présent imaginons durant quelques instants que nous ne sachions pas même ces informations, comment ferions-nous pour interpréter la suivante décrite par Liddell Hart :

« Le 25 Avril, les Britanniques partis de l’extrémité méridionale de la péninsule, près du cap Hellès et de Gaba Tépé, à 15 miles environ de la côte égéenne, firent un premier bond en avant. Les Français, chargés d’opérer une diversion, débarquèrent un instant à Koum Kaleh, sur la rive d’Asie. Mais dès qu’eut fini de jouer l’atout fugitif de la surprise tactique et que les Turcs purent amener leurs réserves, les envahisseurs ne purent étendre ces précaires têtes de pont. »

Il n’est pas difficile d’imaginer que dans la configuration cognitive dans laquelle nous nous sommes consciencieusement placés, il nous est tout simplement impossible de transformer ces informations en connaissances exploitables. Ainsi nous voyons dans un contexte relatif spatialement et compatible temporellement que nous ne pouvons décontextualiser l’information sans qu’elle ne dégénère. Or c’est exactement ce que nous faisons via le confinement immémorial du 24 Avril 1915. Cette date est certes un symbole car elle est chargée d’une valeur historique et humaine, néanmoins nous devons prendre garde à ne pas transformer le rôle d’un symbole et le rendre symbolique. Car un symbole symbolique n’a plus d’impact. Sa valeur ayant disparue, il ne peut être l’élément moteur d’une cause. Aussi il devient la mémoire d’un oubli. Il est donc nécessaire de conserver un espace mémoriel plus important qu’une simple date pour lutter efficacement contre les fanatiques de l’oubli et les barbares de l’horreur.







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