Diversité réelle et unité formelle

N. Lygeros




En comparant l’Union Européenne et la Chine, nous avons au prime abord, l’impression d’une grande différence structurelle. L’Union Européenne semble être un assemblage hétéroclite de pays de culture et de langue diverses tandis que la Chine donne l’image d’un pays compact et d’un seul tenant sur le plan linguistique. La réalité est tout autre pour les deux. Ce qui caractérise le plus l’Union Européenne, c’est la notion d’intersection. Ses composantes ont bien plus d’éléments communs que nous le pensons. S’il y a une différence essentielle sur le plan linguistique, elle concerne la distinction entre langues finno-ougriennes (représentées par la Finlande et la Hongrie) et les langues indo-européennes (constituées par le reste des pays de l’Union). À l’intérieur de cette seconde grande famille les deux plus grandes catégories sont les langues anglo-saxonnes d’une part et les langues romanes d’autre part. Au sein de ces catégories les différences ne sont pas essentielles pour la compréhension. Si nous examinons le cas de la Chine, la présence du mandarin sur l’ensemble du territoire nous induit en erreur. En effet, cette présence n’est valable que dans le domaine écrit. Et ceci n’implique rien de profond au niveau oral. Il suffit de considérer l’alphabet latin sur l’ensemble de l’Union Européenne et en déduire qu’en dehors de la Grèce et de Chypre tout le monde parle la même langue. La réalité dialectologique de la Chine nous apprend que nous observons au sein de ces dialectes chinois des différences plus importantes qu’entre le français et l’espagnol. Nous sommes donc en présence d’une diversité réelle et d’une unité formelle. D’ailleurs si nous examinons de plus près les idéogrammes chinois malgré la présence d’un ensemble de clefs relativement petit, la complexité sémantique est très importante et cela engendre un phénomène spécifique du point de vue socio-linguistique. Un locuteur chinois cultivé peut aisément comprendre le niveau social de ses interlocuteurs. C’est-à-dire que la différence est telle qu’elle permet une véritable taxinomie au sein du même dialecte. À cette différence s’ajoute celle de la distance. L’Union Européenne est un espace relativement réduit. Nous avons donc une diversité mais la faible distance permet des contacts rapides qui sont toujours possibles avec l’anglais, le français ou l’allemand pour un spectre profond et avec l’anglais pour un spectre large. Les dimensions colossales de la Chine et le niveau de vie engendrent une grande stabilité géographique qui ne facilite pas les échanges globaux. La Chine est une structure multilocale. Si nous étudions de plus près la structure géostratégique interne de la Chine dans le cadre de la problématique des dynasties et des conflits intrinsèques de l’Empire du Milieu, nous assistons à des luttes d’une plus grande ampleur que les guerres mondiales au niveau de l’Europe et sur des durées plus importantes que celles des guerres multiples entre la France et l’Angleterre, ou encore entre l’Empire austro-Hongrois et l’Empire ottoman pour exploiter un exemple qui n’appartient pas au contexte européen. Nous retrouvons dans notre vision de la Chine l’influence d’un dogme stéréotypé de l’époque de Mao. D’une certaine manière la Chine a un modèle analogue à celui de l’ex-Yougoslavie. Pendant les années communistes nous ne parlions que d’une Yougoslavie unie et ensuite nous avons redécouvert la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Monténégro, la Serbie et la Slovaquie. L’unité de la Chine provient plus de l’éloignement de l’observateur que de sa réalité. La diversité de l’Union Européenne provient plus de la proximité de l’observateur que de sa réalité.







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