Dialogue asocial

N. Lygeros




- Quand cesseras-tu d’écouter ces chansons ?
- Quand le monde deviendra réel.
- Il ne changera pas.
- Nous continuerons néanmoins à créer.
- La société n’a que faire de cela.
- Nous ne le faisons pas pour elle.
- Pour qui alors ?
- Pour l’humanité. Seulement pour l’humanité.
- C’est une abstraction.
- Cela ne signifie pas qu’elle soit un non sens.
- C’est vrai mais est-ce utile ?
- Qu’importe l’utile !
- Mais alors ?
- Le beau suffit !
- A qui ?
- Au vrai.
- Comment peux-tu penser être dans le vrai ?
- Car je n’appartiens pas à la societé du bonheur.
- Il n’en existe pas d’autre.
- Je le sais bien.
- Je ne saisis pas ta question.
- C’est celle de la résistance.
- Contre qui ?
- Le rire de dieu.
- Tu es complètement ivre.
- J’ai bu trop de silence.
- Tu en as perdu la tête.
- Mais pas la parole !
- Qu’insinues-tu ?
- Je pense qu’il devrait avoir des remords.
- Pourquoi ?
- Face au génocide.
- Quel génocide ? Le temps efface tout.
- Le temps n’efface rien, ce sont les gens qui oublient.
- Ne parle pas de mémoire.
- Car elle est interdite par la société ?
- Prière de ne pas déranger...
- Exactement !
- Ne compte pas sur moi.
- Tu seras condamné.
- Je suis né ainsi. Condamné à vivre. Aussi je ne crains pas de vivre pour être condamné.







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