Axiomes préférentiels et principes de guerre

N. Lygeros




Dans le cadre de la pensée stratégique, du point de vue du stratégiste, nous avons bien souvent un problème intrinsèque, à savoir les axiomes et leur choix. Certes nous pouvons les qualifier d’axiomes préférentiels, mais il est difficile de les transformer en principe de guerre. La difficulté provient du libre arbitre du stratégiste d’une part et de la réalité de la guerre d’autre part. Faut-il se baser sur la pensée, sur l’action ou sur la pensée de l’agir, pour mettre en évidence des principes transversaux ? Faut-il axer la recherche sur l’interface politique-stratégie ou sur la tactico-technique ? Quelle est la valeur du discours théorique sur la pratique ? Il est clair que ces questions n’ont pas de réponses immédiates, qu’elles soient négatives ou affirmatives. Ce qui est certain, c’est que la pensée stratégique est plus complexe que les réponses. Car même si les armées de terre, de mer et de l’air sont clairement définies du point de vue ontologique, elles ne le sont pas au niveau fonctionnel. En effet quel serait le sens d’une attaque de division blindée sans couverture aérienne ? Le bataillon de parachutistes qui œuvre par définition dans l’interface n’est-il pas inclassable dans cette catégorie ? De manière plus générale, comment analyser une méthodologie qui va de la tactique mineure à la grande guerre, pour redescendre à la tactique mineure ? En exploitant des principes de cut-off logique, la stratégie se permet le paradoxe de la déconstruction construite. Nous pouvons incorporer dans les principes de guerre les facteurs de paralysie, de manœuvre et d’exploitation. Cependant de simples parties d’échecs montrent déjà que la paralysie n’est pas nécessairement condamnée à subir la manœuvre et que celle-ci n’est pas nécessairement exploitable. La théorie des jeux montre de manière explicite la limite des jeux à somme nulle. Alors comment accepter des notions qui n’ont de sens que dans ce cadre ? L’architecture globale de la stratégie n’est pas accessible via des connaissances uniquement locales. Il est donc nécessaire de recomposer et de reconstruire des schémas mentaux pour les relier dans un réseau conceptuel. Même sans tenir compte du théorème d’incomplétude de Gödel, il est tout d’abord difficile de mettre en place une pensée linéaire et cumulative mais aussi une conceptualisation strictement axiomatique. La stratégie via sa réalisation, montre que les principes apparaissent plus comme des structures robustes que rigides. En effet, la flexibilité de principes de guerre ne peut être un transport de structure axiomatique. Même dans le cas apparemment plus clair de la guerre totale soupçonnée par Clausewitz, via son caractère hyperbolique au sens de Ferrero, nous avons un effondrement structurel de l’opposition entre la guerre et la paix. Cependant, l’évolution polémologique ne s’effectue pas uniquement sur le refus et la réaction. Il est nécessaire d’analyser l’ensemble car il est possible de trouver des schémas mentaux dynamiques dans un contexte statique qui n’est pas efficace et il en est de même pour le contraire. Aussi les principes de guerre représentent plus des objectifs méta-stratégiques que des axiomes préférentiels.







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