Les conseils de Leonardo da Vinci au peintre anatomiste

N. Lygeros




« Ô peintre anatomiste, prends soin que l’excessive connaissance des os, tendons et muscles ne fasse pas de toi un maître ligneux, lorsque tu voudras que tes nus soient trop démonstratifs ; »

Leonardo da Vinci qui a passé des heures et des jours à disséquer les cadavres pour mettre en évidence les particularités du corps humain, se veut didactique dans son traité de la peinture. Il écrit comme un maître parlerait à son disciple. Il donne une multitude de détails afin qu’il n’y ait pas de confusion possible.

« donc, pour y remédier, note comment chez les vieillards et les gens maigres les muscles couvrent ou revêtent les os, et note en outre selon quelle règle les mêmes muscles remplissent les intervalles creux qui les séparent ; »

Afin d’étudier et de reproduire toute la gamme de la représentation des muscles, Leonardo da Vinci ne s’impose aucune restriction. Il ne recherche pas le beau pour faire le beau, il étudie le vrai. Que ce dernier soit laid ou vieux, ne change rien. Bien au contraire, cela lui permet de mieux comprendre le fonctionnement interne. Il approfondit en élargissant le spectre de ses connaissances. De plus il ne se contente pas d’une caractéristique structurelle du muscle, il cherche la diversité du fonctionnement de celui-ci afin de mieux le représenter sans exagérer.

« et quels sont les muscles qui restent visibles chez les sujets les plus obèses, et quels sont les muscles dont les attaches disparaissent sous la moindre couche de graisse ; et souvent plusieurs muscles se fondent en un seul quand on engraisse, et souvent en vieillissant et en maigrissant on fait d’un seul muscle plusieurs... »

Leonardo da Vinci cherche dans les extrêmes, les caractéristiques internes. Il précise au disciple que ce n’est pas dans la normalité qu’il discernera l’essentiel. Il met en avant les anomalies naturelles pour saisir le détail imperceptible.

Comme nous le savons, il n’hésitait pas à dessiner ou croquer des personnages laids. Il ne se contentait pas de la beauté du modèle, pour représenter la beauté de l’oeuvre.

« Ne donne pas à tous les muscles des figures un volume exagéré parce que, même s’ils occupent une place bien déterminée, ils ne ressortent pas de manière proéminente, à moins que le membre auquel ils appartiennent soit en état de grande force ou d’extrême lassitude. Si tu agis différemment c’est davantage à la représentation d’un sac de noix que tu seras parvenu qu’à celle d’une figure humaine. »

Les conseils de Leonardo da Vinci tiennent compte de la dynamique du corps humain. Nous devons donc l’imaginer dans les salles de dissection en train de manipuler les articulations des cadavres pour saisir le mouvement des muscles. Il nous faut aussi dire un mot sur son humour pour comprendre sa pensée didactique. Si nous regardons à nouveau certaines peintures de l’époque alors nous remarquons que les recommandations du maître au disciple ne sont pas superfétatoires.

Quant à son humour, il est aisément compréhensible dans ce contexte. Il est de plus nettement plus frappant qu’un conseil supplémentaire. Leonardo da Vinci concentre dans une phrase finale l’essence de ses conseils. Il active le système de clôture propositionnel pour garantir l’efficacité de l’enseignement.







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