Le caractère subversif du Holodomor

N. Lygeros




Une des principales difficultés dans la lutte pour la reconnaissance du génocide que représente le Holodomor provient de son caractère subversif. L’appareil stalinien a mis en place une technique qui le déresponsabilise du génocide. Les fanatiques de ce régime ne contestent pas la mort des Ukrainiens, même si pour eux ce n’étaient que des Koulaks. Simplement ils affirment que la grande famine n’était pas le but de leurs manœuvres. C’est uniquement, toujours selon eux, une conséquence désastreuse d’une politique agricole inadéquate. En d’autres termes, ils ne revendiquent pas leurs actes. Aussi pour les défenseurs des droits de l’homme, la reconnaissance du génocide revient à démontrer la responsabilité étatique. Nous sommes donc en présence d’une situation analogue à celle créée par Caligula dont il faudrait démontrer l’appartenance à la stratégie de Néron. L’un des moyens de défense classiques de l’appareil qui a mis en place et organisé le génocide, c’est le principe de décomposition. Toutes les décisions avant d’être appliquées sont décomposées et même segmentées de manière à les réduire en une multitude de détails. Ainsi chaque homme de main du pouvoir n’a réalisé qu’un détail qui est si infime qu’il est extrêmement difficile de l’accuser pour un acte aussi infime. Seulement voilà ce sont ces actes si infimes qui une fois mis bout à bout deviennent non seulement une entité répréhensible mais un véritable génocide. Aussi de notre côté si nous voulons véritablement être efficaces dans la reconnaissance de ce génocide, nous ne devons pas nous contenter de collectionner des actes qui témoignent de manière directe, de la responsabilité de l’appareil stalinien car ils seront, en raison du caractère subversif de ce génocide, bien trop rares. Il faut nous concentrer sur les enchaînements de ces actes. Nous ne recherchons pas des indices mais des chaînes de raisonnement. Car le Holodomor grâce au principe même du collectivisme forcé et forcené, est un véritable travail à la chaîne. Nous ne devons donc pas cibler le travail mais bien la chaîne. Les critiques subies par les survivants et les défenseurs des droits de l’homme, concernent toujours des points de détails. Les fanatiques du régime stalinien suivent la même tactique que ce dernier. Ils décomposent l’acte, jusqu’à le rendre sinon innocent, du moins irresponsable. Or la part de responsabilité ne se situe pas à cette échelle. Elle se trouve au niveau du plan. Il nous faut donc une approche globale et celle-ci ne peut être reconstruite via une approche locale, pas même multilocale. Il est donc indispensable non pas d’analyser les évènements mais au contraire de les synthétiser. Or cette synthèse n’est possible, si nous voulons démontrer la culpabilité de l’appareil stalinien, qu’au niveau des directives. Ce qui signifie en termes de logique, une thématique que nous ne devons effectuer des inductions mais uniquement des déductions à partir des axiomes de la théorie de ce génocide.







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