Mise au point ontologique de la géostratégie

N. Lygeros




Il est classique de considérer la géopolitique comme une explication et même une justification des finalités politiques par l’action de la géographie. Dans ce cadre de pensée, la géostratégie apparaît comme une variante plus spécifiquement militaire de la géopolitique qui est littéralement interprétée comme une géographie politique, elle-même distincte de la géographie militaire traditionnelle, en raison de la différence de l’objectif. La mise en évidence de cet aspect correspond essentiellement au changement de statut de la géographie en tant que science. Cependant, il ne faudrait pas pour autant aliéner les différences en mettant en exergue une distinction relativement formelle. Le fait de considérer la géostratégie comme une variante de la géopolitique ou même une catégorie de cette dernière, engendre une vision quelque peu faussée de ces entités. Il est donc nécessaire d’analyser le substrat conceptuel de cette différentiation qui présuppose une suprématie latente. Donner un rôle central à la géopolitique par rapport à la géostratégie revient à imposer le modèle de la paix politique par rapport à la guerre stratégique. Plus profondément encore, cela revient à penser que la stabilité provient de la paix et l’instabilité de la guerre. Certes cette vision classique peut sans doute rassurer l’opinion publique mais il est impensable de l’appliquer à des stratégistes. La remise en cause de la paix en tant qu’élément de stabilité date déjà de l’œuvre de Clausewitz. L’utilisation de la guerre comme politique extérieure de certains états remet aussi en cause cette vision. Mais le plus important demeure que la paix n’est plus seulement considérée comme l’objectif de la guerre, elle peut aussi en être la cause en fournissant le prétexte d’une attaque. Dans ce nouveau cadre de pensée, il est au moins non réaliste, si ce n’est inconscient, de donner un rôle dominant à la paix. Aussi, en étant le plus neutre possible, il est indispensable de considérer la géopolitique et la géostratégie comme deux entités à part entière. Elles sont certes en relation et pourraient même être qualifiées d’interdépendantes sans pour autant observer une domination. Il est de plus naturel, d’analyser la géostratégie de manière différente si nous sommes dans une situation conflictuelle. En effet dans ce cadre, la confusion est telle que mettre une ligne de démarcation entre géopolitique et géostratégie n’est pas seulement formel mais dangereux. Nous retrouvons l’application de ce schéma dans les conflits qui durent et qui engendrent le phénomène d’occupation et parfois même de colonisation, laquelle est considérée, ne l’oublions pas, comme un crime de guerre. Dans ce type de contexte, s’il y a suprématie, elle n’est pas d’ordre géopolitique. Dans tous les cas le préfixe géo ne doit pas nous tromper, la relation entre géopolitique et géostratégie est avant tout un transport de structure entre politique et stratégie. Aussi nous avons différents modèles de gouvernement où cette relation n’est pas symétrique. Le substrat de la différentiation n’est donc pas statique.







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