Sur la notion de frontière stratégique

N. Lygeros




Les élargissements successifs de l’Union Européenne conduisent naturellement à se poser la question de la définition de la notion de frontière. Celle-ci ne peut plus être simplement interprétée en termes de géographie arbitraire. Elle possède aussi une nature historique, politique et bien sûr stratégique. Cette question n’avait jamais été à l’ordre du jour, auparavant car l’évolution de l’Union Européenne s’était toujours effectuée dans son cadre clairement européen qui correspondait à un ensemble de valeur communes qui définissent ce que nous pourrions appeler une civilisation au sens étroit du terme, étant donné la relative brièveté temporelle. Dans tous les cas, l’élargissement ne remettait absolument pas en cause la notion de frontière et encore moins celle de la frontière stratégique. En réalité nous pourrions même affirmer que le processus d’élargissement à permis à l’Union Européenne de se rencontextualiser dans son cadre historique, en retrouvant des entités géographiques et des composantes stratégiques. Le problème de l’histoire récente c’est qu’elle met en exergue une confrontation entre le continuum terrestre et le tropisme atlantique. Certes cela s’explique par les dispositions de certains pays d’Europe face à la mer ou a la terre. Mais la raison principale de cette divergence provient essentiellement des vestiges de la guerre froide. L’élargissement le plus important par rapport au nombre de pays entrants, à savoir celui de 2004, a mis en évidence de nouveaux rapports de force. En effet, à partir de cet élargissement, l’Union Européenne ne pouvait plus être considérée comme une entité appartenant à l’Europe Occidentale même s’il est vrai que la Grèce jouait en contrepoint dans cette mélodie. Cet élargissement a permis l’absorption de pays qui étaient encore récemment sous l’égide de l’ex Union Soviétique. Cependant, si nous remontons plus en arrière dans le temps, ne serait-ce qu’au début du XXème siècle avant la première guerre mondiale, nous voyons apparaître des coalitions temporelles durable au sein de l’Europe via l’Empire Austro-Hongrois, mais aussi le système des alliances de la noblesse de l’époque, qui donne sens à ce que nous appelions et appelons désormais la famille européenne. Aussi il est plus judicieux de voir une diversité dans cette famille qu’une divergence due à la guerre froide. Certes cette vision doit aussi absorber l’existence de l’ensemble des caractéristiques des Etats-Unis qui jouent un rôle catalytique dans notre développement que ce soit de manière directe ou indirecte, positive ou négative. Cet élargissement comme celui de 2007 avec la Bulgarie et la Roumanie, met en évidence la confrontation entre l’histoire récente et l’histoire ancienne. Miser sur la première sans tenir compte de la seconde revient à effectuer un raisonnement uniforme en termes stratégiques. Faire le contraire engendre le problème d’actualisation. Nous pensons donc qu’il est nécessaire de construire la notion de frontière stratégique sur un schéma mental plus profond qui est celui du raisonnement non uniforme tel qu’il peut être codé par la suite de Douglas Hofstadter (cf opus 125) qui permet de tenir compte de l’apport des deux via la notion d’histoire longue. Sans l’histoire longue la dynamique des frontières stratégiques, devient statique.







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