Remarques sur le processus de réparation

N. Lygeros




Il est plus que nécessaire désormais de mettre en exergue la notion de processus de réparation afin de lutter contre l’indifférence et le négationnisme. En France, nous avons certes dépassé la problématique de la reconnaissance mais nous persistons à la considérer comme le but ultime de la cause arménienne alors qu’il n’en est rien. La reconnaissance du génocide des Arméniens n’est que la première phase du processus de réparation. La problématique que soulève la pénalisation de la non reconnaissance du génocide des Arméniens qui n’est considérée par les indifférents que comme une privation de liberté d’expression, provient du fait qu’elle n’est pas intégrée dans le processus de réparation. Elle donne donc l’impression d’être une entrave. Alors qu’il serait plus judicieux et ce, même stratégiquement parlant de l’associer de manière indirecte à la problématique de la restitution des biens des Arméniens. Naturellement même certains d’entre nous, estiment que ce sujet n’est pas politiquement correct et qu’il représente une source de danger pour les Arméniens. Cependant un ami arménien a déjà donné la réponse à cette approche frileuse du problème. Lorsque nous avons peur, nous mourons chaque jour. Lorsque nous n’avons pas peur, nous ne mourons qu’une fois. Revendiquer le droit des Arméniens quant au problème de la restitution n’est pas un acte de courage mais une nécessité de justice : la spoliation des biens arméniens n’est pas une utopie mais une réalité à faire connaître. Ces faits sont attestés par les lois du 20 avril 1922 et du 25 avril 1923. Il ne s’agit pas simplement d’une restriction à l’Arménie Occidentale mais d’une réalité de fait. Seulement la revendication des restitutions doit commencer par les biens. Car cette procédure est plus facile à mettre en place via la Cour Européenne des Droits de l’Homme en utilisant la jurisprudence des affaires chypriotes et grecques. Dans ce nouveau cadre la pénalisation semble plus aisée à obtenir car elle ne dépend en somme que de la volonté française. Elle apparaît de plus comme un moyen qui permet seulement de stopper le négationnisme et une forme ostentatoire de racisme, sans pour autant gêner la Turquie de manière directe comme c’est le cas avec la problématique de la restitution. Nous voyons ainsi que l’examen de l’ensemble des outils prévus par le processus de réparation, montre de manière explicite que la pénalisation n’est pas un acte arbitraire de la part d’un peuple qui veut défendre un peuple dont les droits ont été bafoués par la barbarie turque. La pénalisation comme la restitution appartient à un cadre bien plus large qui est prôné par la défense des droits de l’homme. Même les personnes les plus indifférentes doivent comprendre qu’un régime autoritaire ne peut se permettre d’effectuer un génocide sans subir les conséquences du droit international. Dura lex, sed lex. Mais dans tous les cas, rien ne peut compenser la souffrance engendrée par un génocide. Aussi ceux qui se contentent d’affirmer qu’il faut oublier et dépasser ces obstacles obéissent dans les faits à des schémas classiques de collaboration et qui ne sont qu’une forme passive de négationnisme. Car un génocide n’est pas négociable. Il existe et il doit être condamné comme tel, indépendamment de la politique du réalisme.







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