Le Mémorial des Arméniens en tant que point stratégique

N. Lygeros




Malgré la réussite de la réalisation du Mémorial des Arméniens à Lyon mais aussi à cause de cette réussite, de nombreuses personnes pensent qu’il s’agit d’un sommet. Elles se trompent. Le Mémorial des Arméniens est désormais un point de référence dans une stratégie qui ne se contente plus d’être défensive. Il n’est donc pas seulement l’aboutissement d’un travail acharné de la part d’un architecte et de son équipe. Il est le commencement. Il montre la voie à suivre dans le domaine des architectures engagées. Sa présence et son efficacité imposent des critères pour les prochaines constructions. Elles doivent être tout d’abord placées dans des endroits stratégiques et seulement passants. Son impact en tant que construction commence par les Fondations. En d’autres termes, le futur mémorial doit gêner la barbarie avant même que sa réalisation ne soit finie. Sa conception doit certes incorporer des éléments locaux de son emplacement comme il en est de toute réalisation architecturale ou sculpturale, seulement cela ne suffit pas. Car sa symbolique n’est pas vide de sens et ce à deux niveaux. Elle doit défendre une cause à travers la reconnaissance et l’histoire du génocide des Arméniens. Elle ne peut donc se contenter d’être passive. Aussi elle est nécessairement offensive contre les fanatiques de l’oubli qui veulent perpétrer le génocide de la mémoire. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle doit être rebutante. Au contraire, son esthétique doit apporter une vision neuve sur le génocide. Ce n’est donc pas une répétition mais une entité originale qui appartiendra par la suite à la culture arménienne et au patrimoine français. C’est une union sacrée à travers le profane de la nécessité. La construction n’est pas une fin en soi même si elle constitue par définition le résultat d’un mix stratégique de nombreuses compétences, elle est avant tout une ontologie dont la caractéristique principale est la téléologie. Le Mémorial lyonnais du génocide des Arméniens a montré l’importance de réaliser un rêve et de porter une vision. Chaque Mémorial doit être un survivant du génocide de la mémoire, à l’instar des survivants du génocide, il doit montrer la voie à suivre pour préparer l’avenir. Il appartient de facto au processus de réparation que revendique la cause arménienne. Il est donc opportun de saisir ces nouveaux mémoriaux comme des ponts jetés sur l’avenir. Aussi ils doivent être reliés entre eux, pas nécessairement sur le plan esthétique car la reproduction est une forme de dictature qui ne sied pas à l’art et qui diminue même l’artisanat, pas même sur le plan strictement tactique du terme, car les batailles sont différentes. Néanmoins la stratégie doit être celle de la guerre de la paix. Le Mémorial ne stigmatise pas seulement un comportement barbare du passé mais aussi une attitude actuelle. Il est une nouvelle forme de veilleur de pierre, il est une vigilance permanente. Car le survivant n’oublie pas. Il a dépassé l’inacceptable pour démontrer son existence, il a transcendé ses limites pour exprimer l’indicible. Désormais un Mémorial doit remplir ces objectifs pour aider la cause et surtout avoir un sens.







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