Alphonse Rivier et Constantin Carathéodory

N. Lygeros




Dans notre transcription du cahier du petit Constantin Carathéodory (cf opus 2482), nous avions mis en évidence une dédicace d’Alphonse Rivier à la date du 14 Février 1892. Comme nous l’avions déjà précisé précédemment, il s’agissait d’une traduction d’une citation de Lucien en grec ancien qui se trouve en haut de la page. A la suite des interrogations du directeur du Musée Carathéodory, Sakis Lipordézis, nous avons décidé de pousser plus amplement nos recherches dans la direction d’Alphonse Rivier afin d’établir le substrat historique et tenter de comprendre le contexte de sa rencontre avec Constantin Carathéodory.
Alphonse Pierre Octave Rivier est né à Lausanne, le 9 novembre 1835 et il est décédé à Bruxelles en 1898. Ce juriste suisse a étudié à Berlin et c’est là qu’il a obtenu son doctorat de droit, mais aussi à Lausanne et à Paris. Si nous gardons en tête que la date de naissance d’Alexandre Carathéodory est 1833, qu’il est lui aussi juriste et avec une spécialisation dans le droit romain mais aussi qu’il a fait ses études à Paris alors nous avons déjà un formidable concours de circonstances pour permettre des rencontres. De plus, si nous tenons compte du fait que le père du petit Constantin Carathéodory, à savoir Stéphane ou Etienne Carathéodory s’est lui aussi trouvé à Berlin mais surtout en Belgique à Bruxelles et tant que consul de la Sublime Porte, alors avec les éléments biographiques qui suivent, il n’est pas difficile d’établir un cadre de rencontre potentiel. Car Alphonse Rivier n’a pas seulement été habilité en 1862 mais il a été Privatdozent à l’Université de Berlin et professeur à l’Université de Bern en 1867 puis professeur à l’Université Libre de Bruxelles. Il a de plus été dans le bureau du Consulat général suisse de Bruxelles à partir de 1886. Comme il s’est spécialisé dans le droit romain et dans le droit international public, il peut être justement considéré comme très proche au niveau spirituel d’Alexandre Carathéodory. Il a écrit en latin, en allemand mais surtout en français comme le montre sa bibliographie.

  • De discrimine quod inter regulam catonianam et eam quae lege 29 de R. J. continetur juris antiqui regulam interest. Berlin, Schade, 1858.
  • Untersuchungen über die cautio praedibus praediisque. Berlin, Springer, 1863.
  • Le Royaume de Danemark et les Duchés-Unis. 1864.
  • Introduction historique au droit romain. Manuel-programme pour sevoir aux cours universitaires et à l'étude privée. Brüssel, 1871, 2. Aufl. G. Mayolez, 1881.
  • Traité élémentaire des successions à cause de mort en droit romain. Brüssel, 1878.
  • Claude Chansonnette, jurisconsulte messin, et ses lettres inédites. Brüssel Hayez, 1878.
  • Éléments de droit international privé. Paris, 1884.
  • Introduction au droit des gens. (avec Franz von Holtzendorff). Brüssel u. Hamburg, 1888.
  • Programme d'un cours du droit des gens. Brüssel, 1889.
  • Principes du droit des gens. Paris: Rousseau, 1889.

Mais il a aussi écrit une note de 75 pages [Note] sur la littérature du droit des gens avant la publication du Jus Belli ac Pacis de Grotius (1625), en 1883 date à laquelle il est Associé de l’Académie Royale de Belgique. C’est dans cette note qu’il compare l’université de Grotius à celle de Leibniz. Il a aussi publié six volumes de l’annuaire de l’Académie de 1878 à 1885, alors qu’il en était le secrétaire général. Et c’est dans ces mêmes années, qu’il a été rédacteur en chef de la revue De Droit. L’ensemble de ses contributions fait d’Alphonse Rivier une excellente connaissance de la famille Carathéodory. Il n’est donc guère étonnant de trouver sa dédicace dans le cahier du petit Constantin Carathéodory, qui était un jeune homme à cette époque puisqu’il avait 19 ans tandis qu’Alphonse Rivier en avait 57. Certes la différence d’âge peut surprendre mais il ne faut pas oublier que nous avons déjà trouvé quelque chose d’analogue avec Jules Verne et Constantin Carathéodory. Ce nouveau détail est un nouvel indice sur l’envergure du futur grand mathématicien.







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