La tradition et le génie de Leonardo da Vinci

N. Lygeros




De nos jours, il est habituel d’opposer la tradition au génie en montrant combien la première est conservatrice et combien le second est révolutionnaire. La mise en place de cette séparation, ne fait que montrer notre incompréhension de la nature profonde de ces deux notions. La solution de ce problème nous est donnée par l’éclectisme de Leonardo da Vinci.

Dans son traité de la peinture, le maître n’hésite pas à emprunter tout un passage - vie une traduction presque littérale - de l’Optique de John Peckham qui est mort en 1292. Fait-il preuve de génie ou suit-il la tradition en exploitant ce texte pour son propre traité ? En réalité il effectue les deux ensemble. Le génie de Leonardo da Vinci ne craint pas la tradition. Il la connaît car il l’a apprise. Il utilise ce qu’il y a de beau en elle mais vérifie à chaque fois ce qu’elle a de vrai. Il ne se contente pas de recopier. Il choisit ce qu’il y a de meilleur pour lui afin de produire ce qu’il y a de meilleur pour les autres. C’est son éclectisme qui lui permet de transcender en transgressant les frontières étroites de la séparation entre la tradition et le génie. Il aime citer ce qu’il y a de beau afin de renforcer ses arguments. S’il ne peut l’écrire de manière plus claire alors il le traduit presque littéralement afin de conserver l’esprit de l’écrit. En l’occurrence, il considère que le texte de John Peckham va dans le sens de sa pensée. Aussi il ne tente pas de le maquiller pour cacher sa référence. Il choisit le matériau qui lui convient pour élaborer sa propre pensée. Son génie est capable de déceler dans la tradition, le substrat cognitif nécessaire à sa création.

« Parmi les causes et agents naturels étudiés, la lumière donne le plus de joie à ceux qui la considèrent ; parmi les titres de gloire des mathématiques, c’est la certitude de la démonstration qui élève le plus haut l’esprit du chercheur. »

L’utilisation de cette citation ne fait que démontrer la fascination mathématique de Leonardo da Vinci pour la lumière. Seulement comment ne pas réaliser que l’étude de la lumière appartient à une tradition qui traverse les temps ?

« La perspective, qui montre comment le rayon linéaire est diversifié suivant des situations définies, doit donc être mise au premier rang de toutes les sciences et disciplines humaines, car elle couronne tant la mathématique que les sciences naturelles, et s’orne des fleurs de l’une et des autres. »

Cette fois nous remarquons que c’est l’approche synthétique pour ne pas dire holistique qui est mise en avant. Elle correspond en tous points, au point de vue de Leonardo da Vinci sur l’optique via la peinture. Celle-ci n’est pas uniquement un art comme dans le passé. Elle représente, pour lui, l’aboutissement des connaissances ultimes de l’homme au sujet de la nature. Elle constitue sa représentation mentale du monde et par ce biais son degré de compréhension des choses. C’est en ce sens qu’elle est essentielle non seulement pour Leonardo da Vinci mais pour le genre humain.







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