Des territoires occupés et des territoires libérés

N. Lygeros




Si la réalité de l’utopie arménienne est bien établie dans une approche stratégique temporelle, une analyse de la mentalité de l’inertie est nécessaire. En effet un des ennemis les plus difficiles à vaincre dans une lutte c’est sa propre inertie. Celle-ci s’explique parfois par le syndrome de Stockholm dans un cadre générique mais elle est bien souvent associée à la géostratégie du cas traité. Dans le cas de l’Arménie qui est semblable sous bien des aspects à celui de Grèce mais aussi celui de Chypre, l’inertie est essentiellement due à l’importance de l’histoire. Celui-ci permet à la Turquie d’en profiter pour installer son dogme stratégique. Ce dernier influence tellement la mentalité de l’inertie que celle-ci ne parvient à réaliser les avancées obtenues. Ainsi elle se construit un modèle mental isomorphe au dogme, et le considère par la suite comme l’unique réalité. Nous avons pu observer ce phénomène de manière directe auprès des Grecs et des Chypriotes et nous remarquons de fortes similitudes chez les Arméniens. Le dogme est tellement puissant qu’il transforme les territoires occupés en territoire du dogme et les territoires libérés en zones grises. Les premiers sont incontestables et définissent la domination. Les seconds sont flous et remettent en cause la validité. L’application effective du dogme sur la mentalité de l’inertie engendre un processus d’amplification. Le créateur du dogme semble plus puissant qu’il ne l’est en réalité et celui qui subit le dogme semble bien insignifiant. Il est aisé d’observer le phénomène des territoires occupés au Nord de Chypre et celui des territoires libérés en Thrace. Les données permettent d’une part d’activer le Traité de Berlin et d’autre part le Traité de Lausanne. Le processus est analogue dans le cas arménien, seulement il est beaucoup plus stable en raison de l’existence de l’Union Soviétique qui a renforcé le dogme à travers le Traité de Kars. L’inclusion de la nouvelle Arménie, au sens du dogme, dans une structure stable a permis d’implanter dans la mentalité de l’inertie, un état de fait qui est devenu une nouvelle réalité, une réalité unique. L’ensemble de ce processus semble bien extrême pour un si petit peuple. Seulement si nous interprétons ce processus comme la huitième phase du génocide alors le processus n’est qu’une suite normale. L’explication de sa présence est donnée par la nécessité des nouveaux fondements de la Turquie. Le peuple arménien a démontré à travers les siècles sa résistance et sa capacité à supporter même l’insupportable. Aussi il est possible de l’exploiter pour manipuler la mentalité de l’inertie interne. Car le but du dogme n’est jamais simple, en raison du fait de son impact sur l’interface. En réalité le confinement de la mentalité de l’inertie permet de contrôler celle de l’intérieur. L’existence du dogme montre aussi la nécessité de l’instabilité intérieure. Aussi le moindre changement de phase met dans un état d’effervescence la mentalité de l’inertie de l’intérieur. Il est donc nécessaire que le peuple arménien contextualise dans sa pensée les territoires occupés et les territoires libérés.







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