Sur la réalité de l’utopie arménienne

N. Lygeros




Bien souvent dans la problématique de la cause arménienne, nous entendons que les revendications sont utopiques. Et bien souvent les combattants de la cause arménienne tentent de se justifier. Alors que la stratégie est claire à ce niveau. Son existence se définit comme la réalisation d’une utopie. L’utopie n’a rien de négatif en soi. L’important c’est le réseau de schémas mentaux qu’elle engendre. Car cette structure est le substrat de la stratégie nécessaire à sa réalisation.

Dans le passé le problème de la reconnaissance du génocide des Arméniens, le problème de la pénalisation de la négation du génocide des Arméniens et plus généralement encore le processus de réparation, étaient des utopies. Or la réalité de ces utopies devient peu à peu incontestable. Devons-nous pour autant affirmer que ces problèmes n’étaient pas des utopies ? Cela est impossible car il suffit de relire les documents de l’époque. Aussi comment expliquer ce phénomène paradoxal ? La solution consiste à tenir compte d’un paramètre stratégique à savoir le temps. La mise en évidence de la temporalité de l’utopie permet de montrer la dynamique de sa réalisation. C’est en ce sens que les utopies universelles sont rares. Les utopies sont essentiellement temporelles et par conséquent elles sont essentiellement réalisables dans le futur.

Un autre point fondamental et caractéristique de l’utopie arménienne c’est l’impact qu’elle provoque sur le négationnisme turc. Celui-ci n’est pas linéaire dans le temps. A peine perceptible dans le passé, il préoccupe fortement l’appareil de propagande turc mais aussi l’état turc lui-même. L’utopie arménienne est désormais une question arménienne incontournable. Elle est présente dans presque toutes les négociations turques. Sa présence est si importante non seulement dans le domaine des droits de l’homme mais dans le monde diplomatique qu’elle constitue désormais un véritable dogme stratégique. Sa sphère d’influence dépasse et de loin les problèmes strictement arméniens. Et ce ne sont pas les relations entre l’Union Européenne et la Turquie qui mettront en défaut cette idée.

Aussi le véritable problème de l’utopie arménienne ne provient pas de son ontologie puisqu’elle est essentiellement téléologique. Il se situe à un autre niveau qui est strictement arménien cette fois-ci. Alors que les principes stratégiques sont en place, qu’ils sont effectifs et qu’ils apportent des résultats concrets, pourquoi donc continuons-nous à entendre certaines voix qui dénoncent fallacieusement le caractère utopique de la cause arménienne ? Malgré les résultats obtenus, l’inertie intellectuelle de certains conteste les réalisations de l’utopie arménienne, en mettant en avant sa réalité. Les continuelles critiques que subit la cause arménienne quant au réalisme de ses revendications, ne tiennent jamais compte des faits accomplis. Certains tentent de les expliquer sans réaliser qu’elles ne sont que la preuve de l’impact de la réalité stratégique de l’utopie arménienne.







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