L’exemple arménien

N. Lygeros




Malgré la grandeur du combat de la reconnaissance du génocide des Arméniens, rares sont les membres de la diaspora qui en ont conscience. Certes tout le monde comprend l’importance de ce constat. Certes de nombreuses personnes de la communauté savent que ce combat est nécessaire. Seulement dans la plupart des cas, les Arméniens ne réalisent pas qu’ils constituent un exemple pour d’autres peuples qui sont eux-mêmes à la recherche d’une reconnaissance. La réalité d’un évènement n’est pas mise en doute mais elle ne suffit pas pour le transformer en crime contre l’humanité et encore moins en un génocide. Cette approche nous permet de comprendre qu’un génocide n’est pas un fait mais un résultat. Son existence dépend de la reconnaissance. L’exemple arménien montre que l’existence d’un évènement ne suffit pas. Il est possible que tout un peuple connaisse cet évènement sans que cela soit suffisant. En effet si des instances remettent en cause cette existence, il faut qu’un peuple tout entier le prouve. Certes cela semble vain de prouver une évidence mais l’absence de preuve annule l’existence. L’histoire ne suffit pas. Elle a besoin de l’avenir. Si le peuple arménien abandonne son combat alors le génocide n’existera plus. L’exemple arménien démontre que l’existence n’est pas importante en soi mais par sa durée. En d’autres termes nous sommes responsables de notre passé. Cet apport est radicalement différent de celui de l’existence de l’Holocauste. Le procès de Nuremberg a provoqué un changement de phase qui n’existe pas ou du moins pas encore dans le cas arménien. Cette absence qui représente bien sûr une difficulté pour la reconnaissance du génocide des Arméniens a transformé la cause arménienne en exemple générique. La réussite de l’approche arménienne constitue une sorte de jurisprudence formelle dans le domaine des droits de l’homme. Cela crée donc le concept d’un exemple à suivre. Ainsi la cause arménienne n’est pas seulement responsable de son passé mais aussi de l’avenir des autres causes. La cause arménienne n’est donc pas unique mais générique. Elle ne l’est pas par le nombre de victimes mais par la stratégie adoptée pour prouver l’acte de barbarie que constitue le génocide. Bien souvent les peuples blessés par un génocide se trouvent désemparés devant l’incrédulité de l’indifférence. Certains même les accusent d’avoir des objectifs politiques et que leurs revendications ne sont qu’un prétexte. Un exemple de ce type est le cas ukrainien. Seulement la justice de la cause humaine transcende ces stratagèmes. L’exemple arménien montre que la cause peut mettre en place des outils performants pour mettre en défaut les fanatiques de l’oubli. Le peuple arménien, même s’il ne saisit pas la grandeur de sa cause, doit comprendre l’ampleur de son rôle. La responsabilité de l’exemple arménien déborde hors du cadre arménien car elle appartient à l’humanité.







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