Du chaos génocidaire à la complexité architecturale

N. Lygeros




Nous nous efforçons parfois de comprendre la simplicité de certaines notions car elles bouleversent et ébranlent notre pensée. Parmi ces notions, nous trouvons le génocide. Perçu comme une entité abstraite, le génocide semble inconcevable. Le chaos qu’il provoque sur un peuple n’est pas modélisable aisément. C’est d’ailleurs une des difficultés de sa reconnaissance. Néanmoins, ce chaos génocidaire est malgré tout représentable. Seulement pour cela, il faut utiliser la complexité architecturale. Sans celle-ci le symbole reste symbolique et par conséquent obsolète. Une des représentations les plus élégantes de cette problématique, c’est le Mémorial Lyonnais pour le génocide des Arméniens. En effet ce mémorial, contrairement à d’autres, ne se contente pas d’exister, il s’impose par sa nécessité et celle-ci n’est accessible que par la simplicité de sa complexité.

Au premier abord, les trente-six éléments qui constituent cet ensemble architectural, semblent identiques. Mais l’examen attentif de chacun d’entre eux permet d’effectuer le constat suivant : chaque élément a un rôle. Celui-ci n’est pas nécessairement intrinsèque même si cela est le cas pour certains d’entre eux puisqu’ils portent les stigmates des poèmes. Chaque feuille de pierre pointe tel un atlas minéral l’éclat de l’histoire. Les pierres suspendues sont en effet toutes différentes. Ainsi des éléments identiques en ductal portent des pierres uniques. Le futur supporte et soutient le passé. Quant au sens des éléments, il est à nouveau double. Aussi les éléments ont un rôle extrinsèque à leur nature. Leur disposition dans l’espace donne des informations sur le temps. Portée musicale abstraite, l’alignement des feuilles de pierre, joue la musique du silence sans nuire au passant. Filtre de l’indifférence, le Mémorial représente une transfiguration. En apparence aléatoire, il est absolument déterministe. Il engendre ainsi un chaos déterministe. L’assemblage de la simplicité engendre le complexe qui modélise le chaos. Le caractère incompréhensible du génocide devient compréhensible via la structure du Mémorial comme pour mieux mettre en évidence la portée de la phrase d’Albert Einstein à savoir : la chose la plus incompréhensible du monde, c’est que le monde soit compréhensible.

La synthèse que représente le Mémorial au sens créatif du terme permet de créer un modèle abstrait du génocide. Le Mémorial fonctionne comme le négatif du génocide pour lutter contre sa négation. A travers cet isomorphisme formel établi par l’architecte, le Mémorial devient l’outil le plus puissant pour aller au delà de la reconnaissance, pour atteindre la pénalisation et poursuivre le processus de réparation. La complexité architecturale du Mémorial rend accessible le chaos génocidaire. Ainsi l’histoire du Mémorial commence à peine car sa mission n’est pas finie.







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