Commentaire sur la citation latine d’Alexandre Carathéodory

N. Lygeros




Dans la première division de son manuscrit, celle qui est intitulée Epoque antérieure à la prise de Constantinople, Alexandre Carathéodory utilise la citation latine suivante :
« Adversus hostem aeternam auctoritas esto ».

La partie principale de la citation à savoir adversus hostem aeternam auctoritas, provient directement de Cicéron et sa traduction officielle est la suivante :
« Pas de prescription du droit des propriétés ».

L’utilisation d’une locution latine par un juriste spécialiste du droit romain n’a rien de surprenant en soi. Seulement mise dans le contexte de l’étude du droit international au sein des guerres de religion entre musulmans et chrétiens, elle devient singulière. Alexandre Carathéodory analyse les relations diachroniques entre les deux religions en s’appuyant, entre autres, sur l’étude de Gibbon. Il n’adopte donc pas un point de vue que nous pourrions qualifier de strictement ottoman. Dans sa recherche pour concilier l’inconciliable, il étudie le substrat conflictuel. C’est de cette manière qu’il montre indirectement sa nature byzantine. En effet, il insiste sur le manque de discernement en écrivant les mots qui suivent :

« C’est à peine si les chefs des croisés de leur côté aussi consentent à distinguer au milieu des différents Etats Musulmans, ceux qui sont réellement en guerre avec eux, de ceux qui n’y prennent pas une part active et dans la confusion des idées, la fureur de l’Occident se tourne même contre l’Empire chrétien de Byzance qu’elle ne parvient pas à détruire, mais qu’elle affaiblit au point d’en faire une proie facile pour le pouvoir naissant des Ottomans. »

L’analyse du contexte d’Alexandre Carathéodory permet d’attribuer une touche très personnelle à l’utilisation de la citation latine. Celle-ci ne prend pas position au niveau du contexte religieux. Elle parle de l’asymétrie entre l’agresseur et l’agressé. Elle ne concerne en réalité que les droits de l’homme. Certes elle s’applique à un problème de propriété et dans ce sens elle a un caractère social, mais elle insiste sur son caractère imprescriptible. Alexandre Carathéodory ne prend position. Et il est vrai que sa position aurait été difficilement tenable au sein de l’empire ottoman. Il met en évidence le fait que la guerre de religion efface toute justice et tout particularisme. Tout se ramène à une confrontation directe qui engendre inéluctablement une partition du monde en musulman et non musulman. Le problème qu’il met en exergue c’est que cette partition s’applique aussi à l’échelle individuelle. La guerre entre l’orient et l’occident se déroule aussi au niveau du simple individu. La critique d’Alexandre Carathéodory même si elle est atténuée par le fait qu’elle s’effectue en latin, n’en est pas moins présente. Elle réinterprète le contexte via le droit romain et réaffirme ses origines. Nous pourrions même la surinterpréter et y voir une allusion au déclin de Rome comme explication à l’apparition des phénomènes religieux, mais nous n’en ferons rien, du moins dans ce simple commentaire.







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