L’avenir du génocide

N. Lygeros




Un génocide n’est pas une simple lamentation du passé, il porte un avenir à travers ses survivants. Ces derniers comme l’intelligence, sont un futur enclavé dans le passé. Nous ne devons pas examiner un génocide uniquement comme un acte de barbarie surtout s’il existe ne serait-ce qu’un survivant. Un génocide c’est le refus du passé de la part du bourreau et la reconnaissance de l’avenir pour la victime. Enfin pour le juste c’est une guerre de la paix au service de l’humanité. En luttant pour la reconnaissance du génocide nous transcendons l’individu pour devenir humain. En tant que crime contre l’humanité le génocide porte en lui sa condamnation. Il est marqué à jamais par l’humanité. Il permet à l’imbécile de définir le crime et le châtiment. Il permet au possédé de devenir frère. Responsable de tout face à tous, le juste lutte avec et contre le génocide. Né trop tard pour mourir trop tôt, il se définit comme un représentant de l’humanité. Il n’est ni avocat ni juge, seulement l’avenir du génocide. En d’autres termes il n’est plus pour devenir et son ontologie n’a de sens qu’au sein de la téléologie. L’humain ne nait pas humain, il le devient. Et il en est de même pour le penseur. Le génocide représente donc un moyen de penser l’humanité. Il est donc un mode opératoire a posteriori. Il transforme l’abstraction de l’humanité en concret. Il est donc interprétable comme une réduction paquet de la fonction d’onde de l’humanité. Cela permet donc de réaliser son entité. Car c’est par la prise de conscience du danger de la disparition que nous comprenons la valeur de la vie. Le génocide permet de donner un sens à la lutte de l’humain qui ne peut se contenter d’accepter l’inacceptable.

Ainsi le génocide n’est pas seulement une tragédie humaine. Ceci n’est valable que si nous le considérons que comme un acte terminal, une solution finale selon la terminologie des bourreaux. Tandis que pour les victimes et les justes le génocide est un moyen, un médium avant tout. Il met en évidence les survivants et son existence crée un changement de phase. Il permet aussi d’accéder à une forme de maturité suprahumaine qui est nécessaire à l’avenir d’un peuple mais aussi à l’humanité dans son ensemble. Par ailleurs la non reconnaissance du génocide démontre de facto que d’une certaine manière la sale besogne des bourreaux n’a pas été achevée. Les survivants résistent, les justes se battent pour qu’un peuple ne meure pas. Cela explique aussi l’importance du génocide de la mémoire qui représente la suite du génocide de la vie.

Comme la mémoire est la seule entité capable de dépasser la mort, les bourreaux doivent l’exterminer elle-aussi. Car elle est aussi ce morceau d’humanité dans notre intelligence. Et cette dernière est un pôle de résistance. Comme l’avenir du génocide est un autre génocide si nous ne faisons rien, nous savons ce que nous devons faire. Nos ancêtres ne savaient pas forcément ce qu’ils devaient faire, nous nous le savons et nous sommes responsables de cette connaissance. Le châtiment doit être plus efficace que le crime et surtout plus coûteux. Les barbares nous montrent la voie à suivre et nous devons la mener à son terme. Car c’est seulement ainsi que nous rendrons justice aux nôtres et que nous protègerons l’humanité.







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