Aut Caesar aut nihil

N. Lygeros




Le misérabilisme social et politique nous fait perdre notre latin. Nous tentons toujours de faire quelque chose mais nous nous contentons du mieux que rien. Et bien souvent cela prouve que nous ne sommes que des moins que rien. La cinquième lettre de l’alphabet grec est devenue notre but ultime. Aussi nous ne nous rendons pas compte qu’elle représente un horizon inaccessible. Notre attitude générale suit à la lettre ces principes et nous en oublions nos lettres latines. Et nos revendications les plus importantes ne sont qu’à la mesure de cette once. Nous nous lamentons de nos positions diplomatiques sans réaliser qu’elles ne sont que l’aboutissement de cette idéologie.

Les négociations entre l’Union Européenne et la Turquie frisent bien souvent le ridicule. Alors qu’en termes de théorie des jeux, nous avons une stratégie dominante, nous ne parvenons pas à l’exploiter. Et nous finissons par nous aligner sur la ligne de conduite des démocraties molles qui ne savent pas gérer des problèmes conflictuels avec les régimes autoritaires forts. Pourtant l’histoire n’est pas une science qui nous est inconnue. Elle semble pourtant être obsolète, lorsque nous examinons avec soin notre comportement. C’est à se demander si nous réagirions autrement avec la candidature d’état qui prônerait des idées nazies. Car bien souvent nous avons des comparaisons historiques entre les deux génocides et pourtant cela ne semble pas affecter les hommes politiques et les diplomates.

La reconnaissance du génocide des Arméniens est pourtant un acquis au sein de l’Union Européenne depuis 1987. Pourquoi donc un état candidat qui est de plus responsable de ce génocide ne devrait pas le respecter ? Quelles sont les raisons éthiques qui justifient notre mollesse à cet égard ? Nul n’en doute, il n’en existe aucune. Car celles-ci seraient tout simplement intenables. Les raisons sont autres et nous le savons bien. Elles appartiennent justement au misérabilisme social et politique qui ne peut accepter des valeurs humaines comme principes. Nous sommes tellement obnubilés par le coût politique que nous finissons par en perdre nos caractéristiques humaines. Plus d’un million et demi de personnes ont été victimes de la barbarie turque alors que nous faut-il de plus pour comprendre le sens du devoir de mémoire. Il ne s’agit aucunement d’affaires commerciales où la loi des marchands de tapis domine. Mais d’un enjeu qui remet en cause notre grandeur humaine, ni plus ni moins.

Si nous nous plaçons dans ce cadre comment justifier une quelconque négociation si cette condition n’est pas un préalable. C’est un problème critique et non anodin, qui met en évidence non seulement notre incapacité diplomatique mais la noblesse de nos principes éthiques. Nous avons su dépasser nos différences intra-européennes et comprendre le sacrifice humain en reconnaissant la Shoah. Désormais nous devons nous mesurer face à l’enjeu du génocide des Arméniens. Ce n’est pas seulement un examen, c’est un véritable cap qui implique un changement de phase. Car c’est seulement ainsi que nous démontrerons l’existence des fondements humains de l’Union Européenne.







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