Approche polémologique de l’arménité

N. Lygeros




Une des caractéristiques de l’arménité, c’est la résistance face à l’effacement. Ce phénomène n’est pas étrange et il s’explique en partie par le génocide mais aussi par la diaspora. Certes ces deux raisons ne sont pas indépendantes mais elles ont néanmoins des aspects spécifiques. Celles-ci sont complétées par l’existence de l’état d’Arménie. Ces données semblent claires du point de vue historique et social néanmoins dans le cadre d’une approche polémologique de l’arménité, elles acquièrent un autre sens.

Une des erreurs fondamentales que met en évidence la polémologie, c’est le fait de penser que l’Arménie est libre et en paix. L’histoire et les évènements mettent à mal cette idée pourtant elle est dominante dans la communauté. Son existence engendre des frictions internes, au sens de Clausewitz, car les membres de la communauté ne fonctionnent pas dans le cadre d’un mix stratégique. La problématique du pouvoir local devient donc primordiale sans pour autant être essentielle à la cause. Cet aspect se transmet même à l’échelle familiale puisque celle-ci se contente, dans le meilleur des cas, de transmettre le passé sans envisager un avenir. De ce point de vue, nous observons ce que nous pouvons appeler l’inertie communautaire. Or la nécessité arménienne est autre.

L’Arménie n’est pas un état qui a subi le génocide, celui-ci a été subi par les Arméniens. Cette nuance n’est pas toujours perceptible alors qu’elle est fondamentale pour notre lutte pour la reconnaissance du génocide. L’Arménie, au sens polémologique du terme, n’est ni libre ni indépendante contrairement à ce que pense une grande partie de la diaspora. Elle est enclavée et occupée. Evidemment cet état de fait est si important du point de vue temporel qu’il devient abstrait pour les jeunes générations. Il explique aussi les erreurs tactiques que nous observons. De nombreux Arméniens ne comprennent pas la haine de la Turquie à l’heure actuelle car ils ne saisissent pas qu’ils sont en guerre. Ils se contentent donc de vivre dans un cocon arménien où les tensions internes sont permises sans réaliser que son impact est nul quant à l’évolution de l’arménité. Alors que la situation est nettement moins grave nous observons la même chose chez les Chypriotes.

L’approche polémologique de l’arménité permet de mettre en évidence des schémas mentaux de la résistance et du sacrifice qui sont essentiels. La ligne conductrice n’est pas la vie qui oublie comme le pense la majorité mais la mort qui se souvient. A travers la mémoire et la dignité, notre vision de l’arménité est radicalement différente. Car elles nous permettent d’envisager des objectifs utopiques pour réaliser des buts concrets. C’est dur de sortir de l’enclave du dogme stratégique turc si nous ne réalisons pas la nécessité arménienne. Nous pensons être au stade des commémorations alors que l’armistice n’a pas été signé. Nous acceptons les faits et nous tardons à effectuer des recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Nous sommes devancés par des aspects économiques sans prendre conscience de leur substrat polémologique. L’Arménie est occupée et ce à différents titres. Notre lutte n’aura de sens que lorsque nous réaliserons toutes les conséquences de cet état de fait. Car c’est l’unique moyen d’éviter de vivre pour mourir.







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