Union européenne et dogme anglais

N. Lygeros




Le problème des négociations entre l’Union Européenne et la Turquie montre de plus en plus explicitement que cette dernière suit le dogme anglais en matière de géostratégie. Pour les spécialistes de la question chypriote cela n’est guère étonnant mais pour les autres c’est encore une découverte dont ils n’ont pas mesuré les conséquences concrètes.

Le cadre historique est pourtant simple. Au congrès de Berlin en 1878, l’Empire ottoman concède au Royaume-Uni l’Île de Chypre. Ces négociations se sont effectuées en parallèle et secrètement mais l’information a fini par être diffusée via le représentant du gouvernement autrichien. Quoi qu’il en soit, cette première transaction donne le ton des échanges. Ce n’est qu’en 1955 avec l’indépendance de Chypre que le Royaume-Uni perd cet emplacement stratégique qui grâce à lui possède un rapport eaux territoriales-territoire extraordinaire afin de contrôler la région jusqu’au canal de Suez. Seulement cette fois, contrairement à d’autres colonies du Royaume-Uni, les choses se passent mal, et les Chypriotes se révoltent. Les combats sont sanglants et les Anglais pendent 9 d’entre eux qui sont depuis devenus des héros de l’indépendance chypriote. C’est à la suite de cet échec cuisant que le Royaume-Uni décide d’inventer la notion de communauté. Auparavant celle-ci n’avait aucun sens pour celui-ci. Tandis qu’avec la disparition du contrôle anglais, il était judicieux de mettre en place cette opposition communautaire. Bien sûr le Royaume-Uni a mis à l’écart les Latins, les Maronites et les Arméniens car ils les considéraient comme des quantités négligeables. C’est de cette manière que sont nés, malgré eux, les turcochypriotes et les grécochypriotes ou encore, pour être plus proche du dogme anglais, les chypriotes turcs et les chypriotes grecs. De cette manière perfide, le statut de chypriote était incomplet et donc Chypre ne représentait pas véritablement une nation indépendante. Aussi il était naturel après le Traité de Zurich-Londres en 1960, d’introduire des forces de garantie de la paix à savoir : la Turquie, la Grèce et bien sûr, le Royaume-Uni. Ainsi le Royaume-Uni est revenu sur le devant de la scène chypriote. Au point qu’en 2004, via le plan Annan, le Royaume-Uni en tant qu’arbitre bien sûr, a tenté d’influencer l’île de Chypre juste avant son entrée dans l’Union Européenne afin qu’elle n’appartienne pas au cadre des acquis communautaires. Seulement Chypre a bien résisté et c’est en tant que membre à part entière qu’elle figure désormais au sein de l’Union Européenne. Et cette appartenance est globale et non pas réduite à la partie grecque. Car c’est bien l’ensemble du territoire chypriote qui appartient à l’Union Européenne. Ainsi Chypre se trouve dans le champ européen. Bien que cela semble formel pour la plupart des gens, les analystes savent que cela revient à remettre en cause le dogme anglais. Aussi le problème de la reconnaissance de Chypre apparaît comme une décision définitive à l’encontre de ce dogme. Ces faits expliquent en grande partie la tactique anglaise dans ces négociations mais aussi le caractère invariable des positions de la Turquie. L’Union Européenne connaît bien ces approches et c’est pour cette raison qu’elle est si méfiante car le problème n’est pas seulement chypriote mais véritablement européen.







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