Le paysage, le sfumato et Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Dans nos précédentes études nous avons mis en évidence – dans un cadre théorique et formel – l’importance qu’avaient le paysage et la nature aux yeux de Leonardo da Vinci. Cette fois via aussi l’utilisation du sfumato nous voulons expliciter nos arguments sur le tableau de la Joconde. Le cadre de notre argumentation n’étant pas historique nous n’aborderons pas ici les problèmes que soulève cette œuvre quant à son origine. Nous nous contenterons de l’étudier comme une donnée initiale pour la suite de notre raisonnement.

L’examen du tableau de la Joconde nous permet de constater l’importance de la notion de paysage dans la peinture de Leonardo da Vinci. Le tableau est un portrait et son cadre unique est le paysage. Tout l’art de Leonardo da Vinci consiste à mettre en place dans le tableau la réalisation de ses concepts. Aussi le tableau représente la partie ou plus exactement une partie visible de sa mentalité. Lorsque nous examinons le côté droit de la Joconde, nous voyons explicitement mais aussi implicitement la technique du voile. Il existe tout d’abord le voile mais aussi sa technique. L’ensemble du tableau est traité à l’aide du sfumato. Mais à cet endroit, il existe pour ainsi dire une exégèse. Ceci est particulièrement visible près du visage de la Joconde même si son épaule droite donne déjà quelques éléments. La finesse du voile réel de la Joconde est visible sur son front grâce à la courbure supérieure. Ensuite comme il utilise la technique du clair-obscur du côté gauche pour donner du volume au visage, il est naturel de se concentrer sur l’autre côté. Comme le voile permet de voir en transparence, il absorbe le paysage dans le traitement de la figure de la Joconde. En effaçant les contours comme il le théorise dans le traité de la peinture, il effectue une sorte de fondu qui ne permet plus de dissocier clairement le fond de la figure. Leonardo da Vinci accouple ainsi le portrait et le paysage et crée ainsi une seule et même œuvre. Il ne s’agit donc ni de rythme ni de mélodie mais bien d’harmonie. Car il n’effectue plus une simple juxtaposition comme certains de ses prédécesseurs mais un véritable assemblage formel. A celui-ci, il associe le principe du « bleu » de l’atmosphère qui permet de rendre l’humidité de la scène. Mais il ne se contente pas de cela.

Au premier abord le paysage semble jouer sur une dichotomie. Le tableau semble globalement dissocié. Mais ce serait oublier la présence de la Joconde qui sert aussi de liant. La différence de niveaux que nous observons de part et d’autre de celle-ci demeure étrange tant que nous n’avons pas une vision globale. Au contraire, en changeant notre point de vue et en suivant les conseils du maître dans le traité de la peinture, nous comprenons alors qu’il met en place un effet de perspective qui est en réalité renforcé par la césure que provoque la présence de la figure. Leonardo da Vinci montre à travers celle-ci une continuité qui l’absorbe, ainsi il structure de manière plus étroite l’ensemble du tableau. Grâce à ce procédé le paysage devient partie intégrante non seulement du tableau car il ne saurait en être autrement mais aussi du portrait. La Joconde n’est donc pas seulement la figure elle est aussi son contexte. En contextualisant le portrait avec le paysage, Leonardo da Vinci crée un véritable récit pictural.

Portrait de Lisa Gherardini,
épouse de Francesco del Giocondo,
dite Monna Lisa, la Gioconda ou la Joconde

La Joconde : Vue des couleurs originales







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