L’art de peindre chez Leonardo da Vinci

N. Lygeros




Pour Leonardo da Vinci, la peinture n’est pas seulement un art personnel. Elle est faite pour être montrée aussi il s’agit de respecter les spectateurs. Il n’utilise pas un argument de vente comme nous dirions sans doute aujourd’hui. L’acheteur du tableau est essentiellement seul. Mais l’œuvre sera visible par bien plus de personnes et c’est aussi à celles-ci que le peintre doit s’adresser. La peinture de Leonardo da Vinci n’est pas par nature introvertie. Il ne s’agit ni de notes ni d’esquisses mais d’une œuvre à part entière qui doit attirer le regard par le sentiment de complétude qu’elle dégage. C’est dans ce sens que nous devons lire les mots qui suivent.

« Efforce-toi, peintre, de faire des œuvres qui attirent les spectateurs et les arrêtent avec grande admiration et plaisir, au lieu de les attirer d’abord et de les chasser ensuite, comme l’air quand on saute la nuit tout nu de son lit pour voir si le ciel est couvert ou serein, et soudain, chassé par la fraîcheur du temps, on retourne au lit d’où l’on était sorti… »

Dans ce cadre, Leonardo da Vinci, se refuse à tomber dans le piège de l’artifice et s’enclaver dans l’artificiel. Le peintre doit rechercher le naturel et la simplicité. Il ne s’agit pas de peindre selon la mode mais selon son mode de vie. Le ton doit être donné par l’artiste et non par la société. Aussi celui-ci ne doit pas subir passivement la pression de celle-ci. Il doit rechercher la beauté véritable.

« Ne vois-tu pas que parmi les beautés humaines, c’est le beau visage qui arrête les passants et non les ornements riches ? Je dis cela pour toi qui charges tes figures d’or et d’autres parures : ne vois-tu pas que la beauté splendide de la jeunesse perd de son éclat par les ornements excessifs et trop recherchés. »

Cette critique n’est pas d’ordre rhétorique. Leonardo da Vinci est sincère. Lui qui sait ce que signifie la beauté naturelle, se refuse à utiliser les expédients de la mode. Il ne s’agit pas pour lui de rendre beau ce qui est laid mais de mettre en valeur la beauté de la simplicité.

« N’as-tu pas vu les montagnardes, enveloppées de leurs misérables draps sans apprêt, plus belles que les femmes ornées ? Laisse les coiffures ou frisures recherchées, comme celles de ces pauvres cerveaux qui se croient déshonorés parce qu’un cheveu est plus à droite qu’à gauche, en croyant que tout le monde autour d’eux ne pense à rein d’autre et ne regarde que cela et ne fait que le blâmer. Ces gens ont pour conseillers le miroir et le peigne, et le vent est leur ennemi mortel : il dérange les cheveux lissés. »

Ces mots nous expliquent bien des détails dans les tableaux de Leonardo da Vinci en particulier pour les personnages féminins. Malgré le talent, la sobriété et le naturel sont toujours de mise avec en plus ce parfum de fraîcheur qui provient de ce souffle de l’artiste qui exploite à merveille les propriétés du vent dans les cheveux de ces dames. Sans artifices, il libère les volumes et les structures transformant ainsi des objets a priori statiques en entités dynamiques qui attirent le vivant par sa fraîcheur.

« Fais donc à tes figures des cheveux qu’un vent invisible fait jouer autour des visages juvéniles, orne-les avec grâce de boucles variées […] »

Tels sont les conseils avisés du maître chez qui l’art de peindre est un véritable art de vivre.







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