Le miroir en tant qu’instrument de peinture

N. Lygeros




Comme le signale fort judicieusement André Chastel, Alberti recommandait déjà l’examen critiques des œuvres au miroir. Et au XVIème siècle, cette pratique a priori curieuse, subsiste parmi les connaisseurs. Malgré cela Leonardo da Vinci s’interroge :

« Pourquoi voit-on mieux la peinture dans un miroir que sans lui ? »

Cette question peut sembler étrange et même quelque peu théorique, pourtant il est certain qu’elle a grandement préoccupé le Maître. Il est de plus sûr, qu’il considérait le miroir comme le maître des peintres. Pour le prouver considérons l’extrait suivant :

« Pour voir si ta peinture est dans l’ensemble conforme à la chose que tu représentes, prends un miroir et fais s’y refléter le modèle et compare ce reflet avec ta peinture, et examine bien, sur toute la surface, si les deux images de l’objet se ressemblent. »

Le miroir entre donc dans un processus de feedback qui permet ensuite une analyse rétrograde. Il n’est actif qu’en seconde phase et c’est en cela et c’est en cela qu’il seconde le peintre. Son utilité provient du fait que la peinture est non seulement figurative mais aussi réaliste. Aussi le miroir ne sert pas d’objet de réflexion mais de réflexion sur l’objet à travers le modèle. Leonardo da Vinci continue ainsi :

« Et voyant que le miroir peut, par lignes et ombres et lumières, créer l’illusion du relief, toi, qui as parmi tes couleurs des ombres et des lumières plus puissantes que celles du miroir, si tu sais les combiner comme il faut, ton œuvre apparaîtra sans doute elle aussi semblable à la réalité vue dans un grand miroir. »

Cette fois nous observons que le miroir n’est plus seulement un instrument sur la forme, mais il sert aussi en matière de lumière. Leonardo da Vinci connaît fort bien non seulement les propriétés des miroirs plans mais aussi celles des miroirs sphériques. En effet il a inventé diverses machines pour polir les miroirs concaves qui lui permettaient de gérer le problème du rayon de courbure et de la distance focale. Ainsi le passage suivant ne doit pas nous surprendre de la part du Maître.

« La peinture comprend deux parties principales : la première est la forme, c’est-à-dire la ligne qui définit les formes des corps et leurs détails, la seconde est la couleur enfermée dan les limites de celles-ci. »

Aussi le miroir est un instrument de peinture idéal puisqu’il permet de contrôler l’exactitude des deux parties principales. Il peut donc servir doublement quant à la fidélité de la représentation. C’est en ce sens que le miroir est essentiel pour le maître qui voit en lui le maître des peintres. Il peut aussi devenir un outil plus spécifique par le rendu en fonction de l’éclairage et de la perspective. Dans tous les cas le miroir est utilisé comme l’étalon d’une mesure qui concerne aussi bien la forme que la couleur. De plus comme Leonardo da Vinci écrivait comme dans un miroir, l’importance de celui-ci ne pouvait être que grande à ses yeux. Il est donc important de l’utiliser lorsque nous voulons véritablement étudier la peinture du maître puisque celle-ci est la forme la plus complète de son œuvre picturale.







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