Le chantage des otages

N. Lygeros




De nombreux arméniens ne luttent pas, pas même pour la reconnaissance du génocide. Ils craignent trop pour la vie des leurs. C’est ainsi que se met en place le chantage des otages. Pourtant l’analyse stratégique est claire sur ce point. Des otages condamnés ne sont une perte que s’ils sont soutenus pour être sauvés. Tandis que le temps de leur résistance représente un coût pour le preneur d’otages. C’est ce schéma qui explique le fait que l’Empire Ottoman comme le régime qui lui a succédé laisse toujours des otages. Ce schéma est encore valable de nos jours et ne se réduit pas au cas des Arméniens. Ainsi dans le village d’Assomatos, il ne reste désormais plus que quatre vieilles dames maronites. Le village se trouve à présent dans un camp militaire turc. Aucune visite n’est permise sans être accompagné par l’une de ces quatre personnes. Et nous avons dû nous faire passer pour des maronites de la famille pour pouvoir rencontrer ces quatre gardiennes de la mémoire. Elles résistent car elles savent que tout est perdu sans elles. Dans le passé, le chef des territoires occupés leur avait dit qu’il ne les éliminerait pas car le temps se chargerait de le faire pour lui. Elles ont toutes plus de 80 ans et elles attendent. Seulement leur présence dans cette situation si critique paralyse l’action des maronites. Nous avons mentionné ce cas que nous connaissons personnellement mais il est évident qu’il existe des milliers d’exemples de ce genre dans le peuple arménien. Cependant nous devons nous rendre compte que notre inaction les condamne de toute manière. Car lorsque nous avons peur de les sacrifier, en réalité nous les sacrifions tous. Et ce sacrifice est à perte. Son existence ne conforte que les positions turques. Or le peuple arménien n’est pas libre. La diaspora n’atteint pas le meilleur rendement en raison de la criticité de la situation en Arménie Orientale et l’Arménie Orientale reste paralysée de peur de nuire encore plus à l’Arménie Occidentale. Les uns et les autres ne se rendent pas compte qu’ils suivent les principes de la théorie des dominos au service d’un dogme stratégique turc. Pourtant le peuple arménien sait se battre et sait résister. Il l’a encore prouvé récemment aussi il ne s’agit pas d’exploiter un prétendu complexe d’infériorité vis-à-vis de l’occupant turc. La voie existe et le dragon arménien n’est pas mort malgré ce que pensent et disent certains. Et le poids du génocide ne doit pas incomber aux Arméniens mais au régime turc. Aussi le peuple arménien ne doit pas être otage de son histoire. Il doit créer son avenir à partir de celle-ci et non le remettre en cause en raison de pages noires de celle-ci. Porter le deuil ne rend pas faible. Au contraire, le deuil permet de mieux comprendre la vie et l’œuvre que nous devons accomplir pour être digne d’elle. Seulement pour faire cela nous devons aussi réaliser que le chantage des otages ne favorise que les bourreaux. Si nous n’admettons pas que nous pouvons les perdre alors nous les perdrons sûrement. Tandis que si nous l’admettons nous pourrons découvrir des stratégies effectives et efficaces pour les sauver.







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