Abus de confiance

N. Lygeros




Dans le domaine des droits de l’homme rien n’est donné et rien n’est acquis. Affirmer le contraire c’est de l’abus de confiance. Aussi nous devons écouter certains discours politiques en étant conscients qu’il s’agit de manipulation d’information. Tel est le cas lorsque nous entendons que l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne permettra de résoudre les problèmes des droits de l’homme dans ce pays. Si nous voulons réellement faire avancer les choses dans ce domaine c’est à présent que nous devons le faire et non de manière passive. Nous ne pouvons accepter que les Kurdes soient systématiquement considérés comme des terroristes car nous savons que la même technique a été utilisée à l’encontre des Arméniens afin de couvrir les actes génocidaires. Nous ne pouvons accepter que le gouvernement turc ait décidé l’utilisation de l’arme chimique contre les Kurdes. Car cela va à l’encontre des Accords de Genève. Il ne s’agit pas seulement de présomptions mais d’une répétition générale. En effet, d’après le rapport du comité nucléaire, nous savons que l’armée turque a effectué des tests de type nucléaire sur les détenus chypriotes de 1974. Seulement les coupables n’ont pas encore été traduits en justice. Et nous attendons à présent le procès à l’encontre de la Turquie à la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour l’homicide volontaire de Isaac Tassou. L’affaire remonte au mois d’Août 1996. A cette époque, les « loups gris » avaient tabassé à mort à coup de barres de fer le manifestant pacifiste et la police des territoires occupés n’était pas intervenue. L’ensemble de ces faits et évènements ne sont que quelques éléments des dossiers d’organisations comme Amnesty International. Pourtant certains hommes politiques tentent de nous faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ces accusations sont d’autant plus révélatrices qu’elles appartiennent toutes sans exception à la période où la Turquie était déjà candidate à l’entrée dans l’Union Européenne. Il est donc impossible de convaincre les défenseurs des droits de l’homme sur la bonne volonté de la Turquie. De plus, comme pour la population turque, l’armée représente la première valeur sur laquelle se fonde leur état, il est encore plus impensable de voir une évolution rapide de la mentalité politique dans l’objectif de se rapprocher du droit communautaire. La Turquie peut certes évoluer mais deux conditions sont absolument nécessaires : le temps et la revendication. Sans celles-ci rien n’est envisageable. Car il s’agit de transformations de fond et non de forme. Cependant pour le moment, la Turquie se contente de paraître et c’est pour cette raison que le problème de la reconnaissance du génocide des Arméniens est si épineux. Il remet en cause son image de marque même auprès des étrangers indifférents. Comme c’est un problème de fond qui concerne la nature même de la Turquie, celle-ci craint pour ses fondements. Aussi les discours politiques qui affirment que la Turquie fait des avancées dans ce domaine car elle permet l’ouverture des archives ottomanes et kémalistes sont tout simplement fallacieuses. Elles cachent la réalité de la situation et trompent les citoyens. Car les documents qui prouvent le caractère systématique du génocide nous les avons déjà et nous les utilisons. Le génocide ne doit pas être prouvé, c’est un fait. Et refuser les faits ne mène nulle part.







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