Droits de l’homme et menaces économiques

N. Lygeros




La problématique de la pénalisation montre à quel point les droits de l’homme doivent être robustes par rapport aux attaques d’ordre économique. Seulement cette robustesse ne peut être effective que si l’appareil politique peut la soutenir. Les menaces turques à l’encontre de la France sont tout à fait révélatrices à cet égard. Dans sa tentative d’ébranler la décision française, la Turquie crée un cadre comparatif entre les coûts. Le problème, c’est que l’éthique et l’économie ne sont pas des quantités comparables. Aussi la Turquie utilise le système projectif du coût. Pour elle, peu importe la nature du problème, s’il peut être ramené à un coût. Que ce coût est d’ordre moral, politique, économique ou stratégique n’est pas essentiel pour la Turquie. Tout son effort se concentre sur le fait qu’il doit être maximal afin de mettre en place une stratégie de dissuasion. Le plus intéressant dans ce domaine c’est que la France connaît parfaitement ce type de choix puisqu’elle utilise la dissuasion dans le cadre de sa défense nucléaire. Aussi elle sait que la dissuasion n’a de sens véritablement stratégique que lorsqu’elle fonctionne dans le virtuel. Car sa réalisation i.e. sa mise à l’épreuve, représente un échec pour son utilisateur. Or le problème de la pénalisation est une suite logique et cohérente de la reconnaissance du génocide des Arméniens, car elle appartient au processus étendu de réparation. Il ne s’agit donc pas d’un acte isolé dans le domaine des droits de l’homme contre lequel il aurait été facile de lutter. La Turquie ne peut mettre en place une stratégie adaptée à ce problème car il n’appartient pas à sa sphère d’influence. De plus, la France surtout dans le cadre de l’Union Européenne, représente une puissance qui ne peut être aisément malmenée. Par contre, il est évident que la Turquie ne tient pas compte des répercussions négatives de ses menaces quant à sa propre trajectoire européenne. Elle désire faire tout entrer dans un cadre économique alors qu’elle ne représente pas une puissance économique. La décision est essentiellement française aussi les menaces ne sont fonctionnelles que si elles sont utilisées comme prétexte. Dans ce cas, il s’agit d’un schéma mental employé lors des négociations de traités pour faire accepter une décision difficile en suggérant qu’un refus engendrerait des conséquences néfastes. Seulement ce schéma n’est pas applicable en l’occurrence. Car tout le monde sait combien la France est indépendante vis-à-vis de la Turquie. De plus, le changement de ton du chef de l’état même s’il peut paraître quelque peu formel pour les défenseurs des droits de l’homme, ainsi que les déclarations du chancelier allemand, montre que l’Union Européenne augmente la pression sur la Turquie car elle voit que cette dernière n’avance pas assez dans le sens européen. Ainsi les menaces économiques de la Turquie contre la France au sujet du projet de loi sur la pénalisation de la non reconnaissance du génocide arménien, semblent plus un acte désespéré dans ce cadre qu’autre chose. Elles apparaissent plus comme l’expression d’une approche médiologique du problème et non le résultat d’une stratégie effective et concertée. Il nous faut donc une fois de plus résister pour l’honneur des droits de l’homme en France sans craindre des prétendues prétentions.







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