Le critère d’absorption de l’Union Européenne

N. Lygeros




Contrairement aux apparences qui sont souvent trompeuses dans le domaine diplomatique, le critère d’absorption de l’Union Européenne n’est pas un élément diplomatique nouveau. En réalité, ce critère est tout à fait fondamental pour une structure qui veut conserver son caractère certes mais surtout son identité. Le critère d’absorption permet de mettre en évidence tout d’abord le problème de masse i.e. taille de la population. Et à ce niveau, cela représente un truisme que de dire qu’il représente un obstacle pour la Russie et une limite supérieure pour des grands états. Car il ne faut pas oublier que le plus grand élargissement de l’Union Européenne, en termes de nombre d’états, ne représentait dans son ensemble que 75 millions de citoyens. En d’autres termes, il s’agit d’une masse inférieure à celle de l’état le plus peuplé de l’Union Européenne, et de plus morcelée en 10 parties.

Le critère d’absorption ne constitue pas pour autant une stratégie dominante pour l’Union Européenne. Aussi il n’est pas étonnant que la politique de celle-ci ne soit pas centrée sur celui-ci. Il est préférentiel dans le sens où il donne un avantage à la structure qui admet par rapport à celle qui est candidate. Ainsi il crée une asymétrie dans le cadre des négociations. Et il est donc utile à mettre en place dans un cadre qui peut devenir conflictuel. Il ne s’agit pas d’une procédure ad hoc mais d’un atout tactique. Le plus récent élargissement ne constitue pas un contre-exemple à son utilisation puisqu’ aucun des nouveaux états membres n’allait à l’encontre de celui-ci. Enfin si globalement la Constitution Européenne a pris du retard, ce dernier n’est pas dû aux nouveaux états membres puisque ceux-ci dans le cadre de leur négociation bilatérale avec l’Union Européenne étaient prêts à l’adopter comme l’a d’ailleurs démontré le déroulement européen de leur parcours.

Un autre des aspects positifs du critère d’absorption c’est qu’il est indépendant des performances intrinsèques du pays candidat. Ainsi l’Union Européenne peut développer une véritable stratégie en matière d’affaires étrangères sur l’ensemble des pays candidats. Elle n’est donc pas réduite à une vision locale qui n’aurait de sens au niveau global. Ceci peut certainement être analysé de manière négative par un état candidat tant qu’il n’a pas adhéré à la structure européenne néanmoins cela tourne nécessairement à son avantage une fois qu’il a été admis. Via ce critère le processus d’élargissement devient plus cohérent puisqu’il dépend d’une vision d’ensemble. Paradoxalement ce critère d’absorption qui rend plus difficile le processus d’adhésion, rend du même coup plus facile l’élargissement car d’une part il élimine de facto certaines candidatures qui n’ont aucun autre sens que celui d’obtenir des subventions de mise à niveau, et d’autre part met en difficulté les états qui ne désirent que le cachet de la candidature.

Enfin un autre avantage que propose le critère d’absorption, c’est qu’il n’est pas un critère qui doit être rempli avant les négociations mais après. Aussi il permet à l’Union Européenne d’avoir le recul temporel nécessaire pour juger de la qualité des efforts mis en place par un pays candidat dans le but d’adhérer. Il ne gêne donc en rien les négociations et demeure malgré tout un garde-fou en cas de modification importante du contexte national et international du pays candidat. Le critère d’absorption représente donc une arme structurelle essentielle qui augmente la robustesse.







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