Sur la balkanisation de l’Empire ottoman

N. Lygeros




Rien ne serait plus faux que de considérer l’Empire Ottoman comme un élément uni. Il est vrai que son pouvoir central doté d’une volonté implacable, peut donner cette impression. Seulement celle-ci n’est que le résultat d’une répression larvée et diachronique. L’Empire Ottoman s’est imposé par la force et le contrôle de celle-ci. Chacune des personnes qui était sous son contrôle avait l’impression que son destin était inscrit sur les parois de la Sublime Porte. Chacun essayait d’en tirer le meilleur parti sans se rendre compte que ce type d’agissement assurait à l’Empire Ottoman sa stabilité. Les peuples enclavés sur son territoire faisaient leur possible pour survivre et dans cet effort inhumain, ils ne s’unissaient pas pour vivre. L’étude des archives de l’Empire Ottoman permet de constater avec amertume que ces peuples étaient non seulement totalement contrôlés même dans leur plus grand essort, mais aussi habilement exploités pour maintenir indirectement le pouvoir central. Ceci est particulièrement flagrant aux niveaux des hégémonies locales. Par la dispersion des pouvoirs locaux, l’administration centrale évitait un grand nombre de frictions dans le fonctionnement du système global. De plus en octroyant certains privilèges particuliers mais jamais identiques aux hégémonies, elles mettaient ces dernières dans un système déséquilibré de concurrence déloyale. Aussi chacune d’entre elles, tentait d’être bien vue par le pouvoir central même si cela pouvait avoir des conséquences négatives pour les autres. Le problème c’est que ces hégémonies malgré leurs représentants à Constantinople ne pouvaient guère avoir une vision globale des choses. Ceci est valable même au niveau local. Car chacune d’entre elles, en voulant être juste envers les musulmans et les chrétiens, faisaient le jeu du pouvoir central. En effet placée, par définition, en des endroits où la majorité de la population était chrétienne, leur prétendue justice était toujours au final au profit de la minorité musulmane. L’avantage de ce système pour le pouvoir central de l’Empire ottoman, c’est que phénoménologiquement, c’étaient encore les chrétiens qui géraient les questions délicates auprès de la population locale. Ainsi la balkanisation de l’Empire ottoman n’était point nécessairement négative comme veulent bien nous le faire croire certaines analyses simplistes. Au contraire, le système central profitait largement de ce cadre non coopératif comme nous dirions en théorie des jeux, afin de trouver un équilibre qui lui convienne. L’étude du déroulement des négociations et des post-négociations du Traité de Berlin, permet de mettre en évidence que l’Empire Ottoman exploitait merveilleusement ces divergences internes pour justifier la prétendue impossibilité d’appliquer le Traité. En effet, il n’est pas rare de constater qu’il mettait en évidence de prétendues futures révoltes en cas d’application comme dans le cas de l’Epire ou de la Bulgarie, pour ne parler que de la partie européenne. Nous avons aussi étudié les comparaisons effectuées entre l’hégémonie de Samos et celle de Roumélie Orientale. Dans tous les cas, c’est bien le pouvoir central qui sortait le vainqueur de ces différences internes.







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