Transcription de la lettre d'Alexandre Carathéodory à Stéphanos Chryssidhys du 19 Mars 1886

N. Lygeros




                                   Samos, le 19/31 Mars 86.
            Mon cher Chryssidy Effendi,
D’après les nouvelles qui nous arrivent
la Grèce a appelé sous les drapeaux
deux nouvelles classes. Une pareille
mesure, en présence de la flotte Anglaise
indique des décisions prises, et elle
est de nature à faire naître des inquié-
tudes
Vous n’ignorez pas que d’après le
firman je dois réunir l’Assemblée
de l’île. Ma première idée était
d’en presser la convocation afin d’
en finir aussi avec cette complication.
Mais les journaux m’ont appris
que l’Assemblée Crètoise est


convoquée pour le mois d’Avril,
d’un autre côté si la Grèce a réellement
l’intention de déclarer la guerre,
je ne voudrais pas que cette déclara-
tion (si déclaration il y a) trouvât
l’Assemblée réunie. Je compte donc
en retarder la réunion d’autant
plus que j’en ai le droit. Je vous
dis cela pour votre gouverne. Vous
pourrez en parler à S.A. le Grand
Vizir et le Ministre de l’Intérieur
ou des Affaires Etrangères. Mais
n’en dites rien à personne autre et
si je vous mets au courant de cette question intérieure c’est
qu’il vous fournira naturellement


l’occasion de sonder un peu les
intentions de ces hauts peson-
nages et de leur rappeler que
le cas échéant il faudrait penser
à Samos aussi et peut-être tout
d’abord. L’essentiel serait d’avoir
à proximité de l’île quelques forces
militaires, et surtout il ne faudrait
pas que notre flotte tardât à faire
son apparition. Je n’ose pas
en écrire officiellement au Gv,
car lui aussi s’agissant de l’
éventualité d’une brouille avec
la Grèce doit nécessairement y
avoir pensé et je ne veux passer
ni pour un alarmeur ni pour


un alarmé. Mais il faut prendre
des précautions, car à la précipitation
que met le Gv héllénique à convoquer
ses réserves, il me paraît évident
qu’il sera bientôt dans l’impossibilité 
de maîtriser le mouvement. A
Smyrne il n’y a qu’un bin-bachi .
On m’avait dit que le Gouvernement
avait l’intention de réunir quelques
forces à Micale ou à Couche-Adassi.
Puis je n’en ai plus entendu parler.
Tous ces parages me semblent dégarnis.
Il y a déjà deux ou trois mois que
je vous en fait l’observation.
Est-ce que vous n’avez eu l’occasion
d’en toucher quelques mots au Grand
Vizir ou à quelqu’un autre.
            Tout à vous
                AlCarathéodory







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