La création en tant que résistance

N. Lygeros




Alors que la création est vue comme un processus évolutif, elle est rarement considérée comme un acte de résistance. Il est pourtant tout à fait possible de s’en rendre compte à travers une création comme le Mémorial Lyonnais pour le Génocide des Arméniens. Car il ne s’agit pas seulement d’une plaque commémorative qui se contente d’être un symbole. Ici, l’acte de création va au delà du symbole puisqu’il désire être beau. C’est cette beauté qui semble sans doute superfétatoire au premier abord, qui devient par la suite le fer de lance de la conception. Aussi au lieu d’être un support d’une cause, la beauté se transforme en organe stratégique d’une cause. A travers elle, c’est la création qui parvient à devenir un acte de résistance. Une résistance qui n’est pas dirigée contre l’évolution et qui représenterait alors une forme de conservatisme mais une résistance qui affronte l’oppression du nivellement social. Dans le meilleur des cas, un mémorial a une fonction précise pour la société, aussi il n’a pas à être diversifié. Pourtant sa force provient justement de la créativité de l’architecte non pas en tant que concepteur mais en tant que réalisateur. Car la création n’a pas d’impact, si elle demeure un concept. Elle ne devient création au sens plein du terme que via la réalisation. La création n’est pas non plus uniquement artistique. Si elle représente un acte de résistance, c’est avant tout parce qu’elle organise la matière. Elle résiste donc à l’entropie thermodynamique. Certes si nous restons dans un cadre classique, cette résistance ne peut être que locale. Cependant dans un cadre cognitif, la création a le sens d’une singularité et parfois même d’une anomalie. Elle ne peut facilement être résorbée par le système et parfois elle le perturbe de manière définitive. C’est d’ailleurs dans ce cas que nous parlons d’une véritable révolution au sens de Kuhn dans le domaine scientifique. Dans un cadre plus humain, il est tout aussi possible de considérer la création comme un acte de résistance face au conformisme social qui ne recherche que l’identité et non les identités à travers la diversité. Une pièce de théâtre comme En attendant Godot de Beckett, n’est pas uniquement de l’art. Elle est engagée et sans concession et c’est grâce à cela qu’elle est devenue elle aussi un acte de résistance. Elle représente une autre forme de résistance. Elle n’est pas nécessairement constructive, elle peut demeurer au stade de la critique sociale. Même à ce niveau, elle résiste même si elle ne propose rien. Elle résiste comme nous résistons à l’occupation sans nécessairement voir un avenir à l’instar d’un Jean Moulin. Mais la création peut être aussi un acte de résistance à travers un écrit comme Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Cette fois, elle ne résiste pas seulement aux structures sociales mais à l’approche même des gens. Par ce biais elle met aussi en évidence la nécessité de l’humanité.







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