Les bases de l’art selon Leonardo da Vinci.

N. Lygeros




Il serait faux de considérer l’art de manière statique. Il a naturellement évolué au cours des siècles selon la mentalité de ses concepteurs mais aussi de la société dans laquelle il était créé. Il n’est donc guère étonnant que Leonardo da Vinci en ait une vision quelque peu différente de ses contemporains. Chez ces derniers, l’art est avant tout une technique qu’il faut maîtriser. Chez Leonardo da Vinci, l’art est une science. La société dans laquelle il a vécu voyait les artistes comme le sommet des artisans. Certes, de nos jours encore nous effectuons cette distinction en la plaquant sur un schéma d’opposition entre la quantité et la qualité. Malgré tout la différence est très artificielle et surtout extrêmement superficielle. Car, dans le fond, nous ne mettons en évidence que l’aspect manuel de la chose sous couvert de parler d’expérience. Tandis que pour Leonardo da Vinci l’expérience est expérimentale, et l’étude est scientifique. Il ne considère nullement que la pratique soit à la base de l’art. Au contraire, il place celle-ci dans un cadre théorique. Cette simple tendance intellectuelle l’a inéluctablement amené à reconsidérer l’édifice et l’architecture du savoir. Car il a mis en évidence que les connaissances sont régies par des règles et qu’elles ne sont pas simplement un amas de recettes à suivre. Les premiers commentateurs de l’œuvre de Leonardo da Vinci, par manque d’une vision globale et surtout holistique, ne pouvaient dégager de son ensemble de conseils, la structure logique et même déductive de son organisation des connaissances. La lecture plus contemporaine du Trattato permet de surmonter cette difficulté qui n’était pas intrinsèque car désormais nous comprenons mieux l’organe. Malgré tout, nous avons encore tendance à lire ses commentaires à travers une certaine continuité dans la forme sans nous rendre compte nécessairement du caractère révolutionnaire de son propos. Or si nous admettons volontiers qu’il existe un aspect visionnaire dans la pensée de Leonardo da Vinci, c’est en partie à cause de cette restructuration des connaissances. Pour Leonardo da Vinci, il est tout simplement inconcevable qu’un peintre ne connaisse rien à l’optique. Non pas celle que nous appelons linéaire mais aussi celle où la non-linéarité est une caractéristique fondamentale. De plus, il accorde une importance primordiale à la texture de la lumière. Ces acquisitions ne peuvent se faire simplement en copiant les prédécesseurs, il est indispensable d’expérimenter diverses solutions proposées dans un cadre où la théorie est le noyau de la pensée. Celle-ci articule littéralement sa peinture. Cela explique aussi le temps de l’exécution de l’œuvre si nous comptons le temps de la conception. Enfin, lorsque nous examinons l’évolution de Leonardo da Vinci nous sommes obligés de constater la domination de la technicité et de la science dans la base de l’art.







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