Le petit caméléon

N. Lygeros




Il aurait pu être une petite salamandre, une petite tarente, un petit gecko ou un petit lézard. Seulement il n’en était rien. Tous ces petits êtres étaient des porte-bonheur. Mais il savait que le bonheur n’avait de sens. Alors pourquoi le porter ? Lui ne pouvait supporter que la couleur. Et encore uniquement celle de l’invisible. Tel était le petit caméléon. Il ressemblait à tout le monde mais personne ne lui ressemblait. Il était petit et vieux à la fois. Il touchait les deux extrémités de la vie et à ce titre, il était doublement marginal pour la société. Cependant, il n’avait que faire de la société. Il n’aimait que les hommes. Il ressemblait à un arlequin mais au fond, il avait plus du clown blanc. Il était né sans doute par hasard mais il était certain qu’il mourrait par nécessité. Sa nature était indispensable à la couleur comme un miroir l’était pour la lumière. Il ne regardait pas, il voyait. Il ne contemplait pas, il réfléchissait. Seul, pour les autres, pour les autres, seul. Il était inutile pour la société car il était rare. Il était rare car il était humain. Le petit caméléon ne savait pas que cette propriété était monstrueuse pour la société. Mais il savait qu’il aimait les petits monstres car ils étaient trop humains. Il ne pouvait savoir que la société ne pourrait le laisser grandir alors il se contentait d’être vieux à sa manière. Avec le temps de la sagesse, le petit caméléon comprit l’histoire du petit scarabée et il changea de couleur.







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