Sur une vision globale du Traité de Lausanne

N. Lygeros




L’étude du Traité de Lausanne ne peut être complète si elle se réduit au Traité lui-même. Il ne suffit pas non plus de revendiquer le Traité de Sèvres qui n’a jamais été appliqué, pour mettre en évidence les défauts du Traité de Lausanne. Afin d’avoir une vision globale de ce Traité, il est nécessaire de tenir compte des Traités intermédiaires. Le Traité de Sèvres a été signé le 10 Août 1920 alors que le Traité de Lausanne a été signé le 24 Juillet 1923 dans sa version complète. Considérer qu’il n’y a pas eu d’intermédiaire et que la comparaison directe des deux Traités permet d’établir une stratégie, représente une erreur tactique grave.

Tout d’abord mettons en exergue les différents Traités intermédiaires. Le premier cadre de réflexion est la rencontre de Londres (21 Février – 14 Mars 1921) entre les Alliés (Angleterre, France, Italie) et la Grèce et la Turquie. Dès cette rencontre, le Traité de Sèvres est remis en cause quant à sa structure interne. Et la question orientale prend un nouveau tournant, négatif pour la Grèce et l’Arménie. L’accord de Rome (13 Mars 1921) qui s’effectue juste après l’accord entre la France et Kemal, ne fait qu’enfoncer le clou. L’Italie se met dans l’obligation de soutenir les thèses et vues de la Turquie en particulier la perte de la Thrace et de Smyrne par la Grèce. Le 16 Mars 1921 intervient cette fois la Russie avec le Traité de Moscou qui met en place un plan d’action indirect quant à la durée de vie de l’entité arménienne. Il est renforcé par le Traité de Kars (16 Octobre 1921) qui permet d’inclure subversivement l’Arménie sans pour autant lui donner le droit de s’exprimer (voir notre article : Remarques sur le Traité de Kars). Paradoxalement mais effectivement, c’est le Traité d’Angora [ancien nom d’Ankara] entre la France et la Turquie (2 Janvier 1922) qui va compléter cette agression diplomatique. L’abandon de la Cilicie par la France, sonne le glas de l’Arménie Occidentale mais aussi de Smyrne en tant qu’entité grecque. Car c’est le matériel militaire français qui sera exploité par la Turquie pour attaquer la Grèce. Pourtant les articles de l’Accord de Londres de 1914 mais aussi du Traité de Sèvres, ne permettaient pas de signatures partielles de la part des Alliés. Il est clair que l’attitude de la France a remis de facto en cause le Traité de Sèvres et a créé une divergence avec l’Angleterre. Ce changement de phase en matière de géopolitique n’est pas un simple détail. Il explique en grande partie le développement qui allait suivre avec le Traité de Lausanne. La Convention signée le 11 Octobre 1922 entre l’Angleterre, la France et l’Italie d’une part et la Turquie d’autre part, est caractéristique. En effet la Grèce n’est même pas mise au courant. Ce n’est qu’après coup, qu’elle envoie un représentant. Il s’agit d’une véritable condamnation de la Grèce sans la signature de celle-ci. Le départ des troupes grecques de la Thrace Orientale commence le 15 Octobre 1922. Alors que la conférence de paix à Lausanne, ne commence que le 21 Novembre 1922. L’ensemble de ces Accords et Traités intermédiaires, montre combien il est fallacieux d’entreprendre une comparaison directe entre le Traité de Sèvres et le Traité de Lausanne. Si nous voulons que les revendications de la Cause Arménienne se réalisent, il faudra passer par cette analyse diachronique et dynamique.







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