Le petit monstre

N. Lygeros




L’enfant aimait se perdre dans ce monde de noms compliqués. Il savait à peine les lire mais il les aimait encore et malgré tout. Dans ce monde où régnait l’imaginaire, la réalité était d’une beauté russe. Dans l’âme slave, il puisait la force de lutter contre la pauvreté. La chaleur du samovar réchauffait son petit cœur. Il ne connaissait pas les allumettes suédoises. Seule la chaleur du thé pouvait le toucher. Ou alors la cheminée du salon. Il se tenait toujours près de la cheminée comme le prince. Il savait que c’était idiot. C’était pour cela qu’il l’attendait à cet endroit. Les autres étaient froids. Certes il y avait les portes qui donnaient sur les chambres mais il n’osait les ouvrir sans les personnages. Ce n’était pas qu’elles étaient cossues mais elles étaient fermées. Il ne possédait pas de clef. Il ne savait que lire les textes de l’exilé. Ses mots étaient comme des maux. Dans la profondeur de ses pensées, il était bien. D’autres disaient qu’elles étaient trop dures mais ils n’imaginaient pas la vie de l’enfant. Dans la misère, l’exil avait quelque chose de noble. L’interdit de vivre sur sa terre avait de la grandeur. Il savait qu’un jour il y parviendrait lui aussi. Mais en attendant, il lisait l’histoire près du samovar. Il entendait les cris de la passion, il pleurait lui aussi. Mais rien ne pouvait le priver de son prince malgré la longueur des journées. Le soir, il dormait le moins possible pour connaître la suite.







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