L’histoire en tant que chef d’accusation

N. Lygeros




Comme dans tous les domaines, l’étude de l’histoire est primordiale car sans elle l’évolution n’est pas possible et la révolution inenvisageable. Seulement dans le cadre de la lutte pour la reconnaissance du génocide, l’histoire joue un autre rôle puisqu’elle devient cette fois le chef d’accusation contre le bourreau qui a commis un crime contre l’humanité. Cela signifie que nous ne pouvons pas nous contenter de lire ou même de nous souvenir de l’histoire de manière passive. Il ne s’agit pas non plus de construire un musée de la mémoire ou un mur de lamentation. Il est nécessaire d’étudier l’histoire et de l’organiser comme une base de données de manière à pouvoir répondre efficacement aux subversions de l’appareil de propagande turc. Il nous faut donc un accès aux sources et non simplement à un système de références. Il nous faut protéger les sources, les rééditer si c’est nécessaire afin que la signature de l’histoire ne tombe pas dans l’oubli. Comme l’accès aux sources est fondamental, c’est une conséquence logique qu’elles deviennent des cibles pour les fanatiques de l’oubli. Les sources sont les preuves de l’existence des innocents et des conditions de leurs morts, mais elles sont aussi le matériau sur lequel peuvent se baser les justes pour construire leur système de défense contre la barbarie. Si nous n’avons pas conscience de cette possibilité et nous nous contentons de transcrire le passé alors il ne faudra pas nous étonner si le processus de reconnaissance et plus généralement de réparation devient une utopie. Nos ennemis sont tout à fait conscients que l’unique moyen qui existe pour eux afin de ne pas être condamné pénalement, c’est l’effacement des données historiques. Certes la transcription peut lutter contre cette tentative mais elle ne peut rien faire contre la désinformation qui représente une solution de repli lorsque les sources ne peuvent être effacées. La désinformation ne conteste pas l’information mais elle la contextualise de telle manière que celle-ci perd son sens premier. Par ailleurs elle peut facilement citer des agresseurs et présenter leurs propos comme des pensées historiques. Nous avons vécu cela de près dans le cadre de la campagne de propagande pour la promotion du plan Anan à Chypre mais encore plus récemment en Grèce dans le cadre de la réforme du livre d’histoire à l’école primaire. Sous prétexte d’éliminer les points de tension entre les pays, les fanatiques de l’oubli effacent des évènements qui n’appartiennent pas seulement à l’histoire et à la mémoire collective mais aussi à sa mythologie dans le sens où celle-ci représente l’essentiel de l’histoire. Car dans le cadre d’une résistance sur le plan historique, les fanatiques de l’oubli s’en prennent à nos mythes afin d’éliminer tout sentiment d’appartenance à un peuple qui résiste car il a résisté contre la barbarie. En effet les mythes résistent mieux que l’histoire contre les attaques de l’effacement car ils sont plus près, en termes de structure, des schémas mentaux diachroniques. Aussi ce sont eux que nous devons protéger si nous désirons que les coupables soient condamnés et notre peuple réparé.







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