État et Diaspora

N. Lygeros




Une manière quelque peu surprenante d’analyser la situation de l’Arménie et de sa diaspora actuelle, c’est de mettre en évidence les ressemblances avec l’île de Chypre et les territoires occupés. En effet la problématique générale de la diaspora arménienne c’est d’interpréter l’État d’Arménie comme un pays enclavé. Car même si l’Arménie actuelle est formellement libre, sa superficie est si faible par rapport à l’Arménie historique qu’elle représente plus une poche de résistance par rapport à un territoire globalement occupé. C’est ainsi que nous avons l’activation de deux syndromes, celui de l’État d’Arménie qui est libre mais uniquement dans un espace réduit et celui de la Diaspora qui est exilée dans un espace immense. Cette double position provoque un paradoxe en termes décisionnels car chacun attend de l’autre ce qu’il ne peut lui offrir. Nous avons exactement ce même phénomène croisé à Chypre mais cette fois inversé. Il est malgré tout surprenant à quel point les deux cas suivent le même schéma mental stratégique. L’incompréhension mutuelle devient un obstacle pour réaliser un mix stratégique et la faiblesse du résultat obtenu ne tourne qu’à l’avantage de l’occupant qui est le même dans les deux cas. L’enclavement de l’un engendre l’inertie de l’autre et le dynamisme de l’autre engendre des répercussions sur l’un. Ainsi au lieu d’avoir un duo qui fonctionne de manière efficace nous avons une situation analogue au dilemme des prisonniers que nous retrouvons en théorie des jeux. L’absence de confiance mutuelle engendre des stratégies dominantes incompatibles simultanément aussi cela fait l’affaire du bourreau. Alors que chacun des joueurs doit réaliser l’importance de l’existence de l’autre pour donner le meilleur de soi-même. Quel serait le sens de la diaspora sans l’état d’Arménie ? Quel serait le sens de cet état sans la diaspora ? Dans les deux cas, la réponse est simple. Car l’arménité est nécessairement l’ensemble des deux. C’est cette complémentarité qui doit être mise en évidence et même en exergue. Ceci est possible à travers les recours à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Car cette fois, tous les éléments de l’arménité peuvent être utilisés de manière convergente. Les exemples chypriotes montrent la pertinence de la méthodologie à suivre. Aussi si nous désirons vraiment aider la cause arménienne, il faut parvenir à faire jouer à la diaspora et à l’état d’Arménie des rôles véritablement complémentaires mais dans le même but.









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