Le peuple de la montagne

N. Lygeros




Il existe, sans aucun doute, de nombreuses façons d’analyser le génocide des Arméniens, seulement, dans tous les cas, l’aboutissement est le même : sa réalité. En ne parlant que du peuple arménien, nous restons dans l’abstrait et nous ne percevons pas l’aspect géostratégique du génocide. Pour la barbarie l’humain n’a aucun sens. C’est un élément qu’elle ne gère même pas comme un paramètre extérieur. Aussi sa vision des choses est fondamentalement différente. En exterminant systématiquement le peuple de la montagne, elle ne recherchait qu’une seule et même chose : l’épuration du centre afin de le contrôler. Du point de vue géostratégique, elle exploite la notion de connexité. Tous les éléments purs de la Turquie devaient être connexes afin de ne pas avoir de points chauds, mais aussi sans trous afin de ne pas avoir de poches de résistance. De plus, l’attaque devait être le moins visible possible par l’extérieur. Aussi il était naturel de frapper par le centre. Le peuple arménien ne représentait, essentiellement parlant, qu’un obstacle interne et surtout central. Sans tenir compte du facteur humain, le contrôle du centre était un but en soi pour la stabilité de l’état autoritaire. Si les Arméniens devaient être éliminés en premier, c’est avant tout car c’était le peuple de la montagne et donc du centre. Ceci est particulièrement visible lorsque nous examinons les actes génocidaires dans leur succession temporelle mais aussi leur virulence. Et s’il existe encore une Arménie à l’heure actuelle c’est parce qu’elle est excentrée. C’est la même raison qui explique l’invasion et l’occupation de l’Arménie occidentale. En plus de toutes les autres raisons barbares de commettre un génocide, il en existe donc une qui est d’ordre stratégique. Si nous devons expliciter cela, c’est pour mettre en évidence le substrat fondamental de cette politique raciste, qui prétend ne pas avoir organisé le génocide des Arméniens. Les faits le contestent mais la stratégie aussi. Par la suite, l’élimination du peuple de la mer à savoir le peuple grec n’est qu’un renforcement du positionnement stratégique puisque après le contrôle du centre, l’idée, c’est de coller aux frontières naturelles afin d’avoir un état d’un seul tenant comme l’est la Turquie à l’heure actuelle. Cependant malgré l’élimination de ces peuples, la Turquie actuelle ne peut cacher la disparité d’une population qui n’est qu’un assemblage hétéroclite de 72 sous-structures fortement incompatibles. En réalité, si la Turquie craint tant la reconnaissance du génocide et le processus de réparation, c’est qu’ils exercent une pression sur une structure fragile dont la stabilité est analogue à l’ex-Yougoslavie. Car c’est cela le problème réel de la Turquie, la forte probabilité d’un effondrement interne. Telle est la menace indirecte que produit sur elle, le peuple de la montagne.














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