Les manuscrits de la vie

N. Lygeros

Traduit du Grec par A.-M. Bras




Achille : Pourquoi es-tu mort ici ?

Alexandre : On m’a oublié ici.

Achille : Qui ?

Alexandre : Mon peuple.

Achille : Qui est le peuple ?

Alexandre : L’oubli.

Achille : Et comment y résistes-tu ?

Alexandre : On m’a offert une cellule.

Achille : Sans clé ?

Alexandre : Sans barreaux.

Achille : Et pourquoi n’es-tu pas parti ?

Alexandre : Je ne savais pas où aller.

Achille : Retourner chez toi.

Alexandre : C’est ici chez moi. Dans l’oubli.

Achille : Et maintenant qu’attends-tu ?

Alexandre : Je t’attendais.

Achille : Moi ?

Alexandre : Et l’autre.

Achille : Mais pourquoi ?

Alexandre : C’est le seul qui ne peut pas oublier.

Achille : Oublier quoi ?

Alexandre : Ton oubli. Pourquoi n’es-tu pas venu plus tôt ?

Achille : J’avais du travail.

Alexandre : Et maintenant ?

Achille : Maintenant je t’ai.

Alexandre : Tu reviendras ?

Achille : Je ne sais pas. Un temps. Peut-être.

Alexandre : Je t’attendrai.

Achille : Mais pourquoi ?

Alexandre : Je n’ai personne d’autre.

Achille : Tu as tes souvenirs.

Alexandre : J’ai aussi ta vie.

Achille : Moi je mourrai.

Alexandre : Alors nous serons plus près.

Achille : Plus près de quoi ?

Alexandre : De la corbeille.







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