Le caractère fallacieux de l'argumentaire turc

N. Lygeros





Un des arguments de la propagande turque à l’encontre de la reconnaissance du génocide des Arméniens, consiste à dire que ce n’est pas la loi qui fait l’histoire. Il est vrai que cet argument sonne bien du point de vue rhétorique même si l’histoire elle-même le contredit avec le procès de Nuremberg. De manière plus globale, il est impossible de dissocier la loi de l’histoire et vice versa. Elles ont toujours été intrinsèquement liées surtout après l’instauration du droit romain au moins en Europe. Tout au long de l’histoire, nous avons des décisions de justice qui ont marqué leur temps et qui ont engendré des conséquences. Cependant le procès de Nuremberg demeure le plus exemplaire puisqu’il concerne directement la problématique du crime contre l’humanité et en ce sens, il est très proche de la cause arménienne. Ces considérations prouvent que l’argument ne tient pas. Aussi il est judicieux d’analyser non seulement son caractère fallacieux mais surtout sa base. Car si ce n’est pas la loi qui fait l’histoire, qui la fait ? Existe-t-il une réponse adéquate, une réponse rhétorique et surtout une réponse d’ordre stratégique ? Pour la politique turque, il est possible de répondre de manière unique à cette triple question. En effet, et ce de façon diachronique, pour la Turquie comme pour l’empire ottoman c’est la guerre qui fait l’histoire. C’est aussi pour cette raison que la guerre est utilisée comme politique extérieure. Seulement ceci n’est pas encore caractéristique de la Turquie car cette réponse concerne tout état autoritaire, tout régime militaire. La spécificité de celle-ci provient justement d’une notion juridique à savoir le crime contre l’humanité auquel nous pouvons associer le crime de guerre. Ces deux crimes ont été systématiquement commis par la Turquie en toute impunité. De diverses manières et à divers degrés la Turquie s’en est pris aux Arméniens, aux Assyro-Chaldéens, aux Chypriotes, aux Grecs et aux Kurdes. Le génocide des Arméniens n’est pas un cas exceptionnel dans l’histoire et la loi turques. Il représente l’une des pages les plus noires mais ce n’est pas l’unique qui soit sombre. Le génocide des Arméniens est le paradigme du mix stratégique de l’histoire et de la loi dans le cadre du gouvernement des Jeunes Turcs. Rien n’a été improvisé, tout a été programmé pour éliminer systématiquement le peuple arménien. Et à l’heure actuelle, le code de la Turquie avec l’article 306 permet de punir pénalement toute référence au génocide des Arméniens. Ainsi, nous avons démontré combien l’argumentaire turc est fallacieux. La Turquie a toujours exploité la loi du plus fort et la guerre afin d’imposer sa diplomatie en matière d’affaires étrangères. Quant aux affaires intérieures elle a préféré l’utilisation généralisée du génocide pour parvenir à ses fins. Elle soutient et renforce une approche que sa propre histoire remet en cause de manière formelle. De facto, elle est dans un contexte absurde que seule la reconnaissance et le principe de réparation pourront résoudre. Voici le cadre et la nécessité de l’existence d’une pénalisation du négationnisme.







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