Une exégèse de l'acte II des Justes de Camus

N. Lygeros




L'importance de cet acte n'est pas dans son esthétique mais dans son idée. Cette dernière représente le pilier du choix camusien et la clef de voûte de cette oeuvre. Une oeuvre qui est un prétexte de mise en scène d'une seule et unique idée : la conscience humaine.

Albert Camus n'est pas sensible à la puissance de l'homme qui vit dans le personnage historique de Kaliayev mais à la fragilité du coeur de celui-ci.

En effet, cet acte manqué n'est pas un échec de la part du révolutionnaire, seulement une prise de conscience de l'homme qui sauvera le groupe. C'est son humanité et elle seule, qui est capable de reconnaître l'essentiel dans une action, même lorsque celle-ci est extrême, même lorsque celle-ci est d'ordre terroriste. Son refus de tuer l'innocence consiste en un principe supra-politique et donc humain.

Dans cet acte, nous voyons le combat entre la force d'un couple de malheureux, comme dirait Nicolas Gogol à propos de Kaliayev et Dora, et la puissance de feu de Stepan, mais pas seulement. Il s'agit aussi du choc symbolique entre l'anarchisme humain et le nihilisme.

Contre les critiques de Stepan, seule Dora est capable de lutter. Elle défend Yanek tout d'abord par amour, sans réfléchir et ensuite par pensée, pour la cause. Et c'est justement ce soutien de Dora, multiple et inébranlable qui permet à Kaliayev de créer un coupe feu face à Stepan, le dévastateur. Il agit ainsi, à l'instar du peuple russe, qui pour résister à l'oppression et l'envahisseur faisait brûler la terre, sa terre, pour le préserver.

Après la maîtrise du feu, vient la difficile ascension du sommet que représente l'idéologie de Stepan. Et plus celle-ci est défendue avec intensité et vigueur par Stepan, plus le couple doit transcender sa nature et son symbole afin de se hisser à la hauteur de l'idée.

Aussi de ce combat interne et intrinsèque, qui n'est pas un échec mais une épreuve, le couple Kaliayev-Dora sort grandi et plus fort. Car en se servant du support idéologique de Stepan pour mieux le dépasser, il se développe pour atteindre via la responsabilité l'idée camusienne de la notion d'homme. Une idée qui retrouve celle de son maître à penser Fedor Dostoïevsky : Nous sommes responsables de tout devant tous !







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