Les traboules de la résistance

N. Lygeros




Sans véritablement s'en rendre compte, il retrouva le chemin des traboules. Il avait trouvé un ancien livre sur les quais de Saône qui relatait des évènements de la résistance. Il songea à nouveau à sa rencontre avec le sage. Elle lui avait permis de découvrir un univers clos, une poche de résistance de la mémoire dans le monde de l'oubli. Le sage avait été aimable malgré son évidente ignorance des faits. Il était touchant par sa sincérité. C'était un homme de lettres mais il s'attachait uniquement à l'esprit. Il n'aimait guère les fioritures, il allait à l'essentiel même pour le plus pittoresque. C'était ainsi qu'il avait appris de sa bouche l'évasion d'Etienne Dolet. A présent, sur les quais, il pensait au livre du sage qui retraçait à l'aide d'une carte et des mots du second enfer l'évènement. Les traboules avaient déjà servi l'homme avant même de porter leur nom. Les rimes avaient noué ces vers. « Nous passons l'eau et venons à la porte de ma maison laquelle se rapporte. » Il avait été par un ami charitable caché derrière une porte. « Instruit de tout, et faict un badinaige, lequel sans feu, sans tenir grand langaige ». Sauvé par le savoir de l'un et l'ignorance des autres, Etienne Dolet conclut le récit de son évasion par ces vers. « L'estre du lieu, souvent, le myeulx qu'ilz peuvent ; mais en allant, une grande porte ilz treuvent devant le nez, qui leur clost le passage. Ainsi laissay mes rossignols en cage… » Il était seul sur les quais mais il ne put s'empêcher de sourire. Il aurait aimé rire seulement il connaissait l'histoire et cela le lui était impossible. Cette aventure avait quelque chose de pathétique et il le ressentait au plus profond de son être. L'humanité devait s'enfuir devant la justice. L'affaire était drôle certes, mais comment ne pas penser au malheur de ce siècle : l'humanisme pourchassé. Fallait-il donc qu'il brûle pour renaître de ses cendres, afin que la renaissance transcende par sublimation l'obscurantisme des siècles noirs. Il était désormais évident pour lui que tout avait conduit l'imprimeur humaniste à la condamnation. Son intransigeance n'était pas en faute, pas plus que son œuvre. Il aurait pu survivre dans une autre époque mais il n'aurait pas été Etienne Dolet. Il n'avait pas eu la chance d'avoir été un enfant pas plus qu'un vieux de son siècle. Aussi il avait été un condamné de ce dernier comme si cela avait été nécessaire à la légende. Si faute, il y avait eu, elle était due à l'intolérance. Les ramifications de l'inquisition n'avaient laissé aucune chance aux humanistes. Ils avaient été brisés par un système de l'horreur. Seulement cette inconscience aida l'esprit humaniste à travers les siècles. Car en les condamnant le bras séculier les fit aimer encore plus des hommes. En leur donnant la mort, il fut obligé de leur rendre l'immortalité. Pas celle de l'espoir car ils n'en avaient pas. Ni celle du désespoir car ils ne l'avaient jamais connu. Mais celle de la mémoire des hommes. Ces sources de lumière qui avaient éclairé l'humanité dans ses heures les plus sombres, les hommes ne devaient les oublier. Il regarda à nouveau le signet écarlate et sut que la lutte continuerait dans les traboules de la résistance à travers les siècles afin que l'humanité vive.







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