Abstraction et stabilité

N. Lygeros




Une des grandes caractéristiques de l’intelligence humaine, c’est la capacité d’abstraction. Cette capacité appartient à la catégorie supérieure de nos aptitudes cognitives. Car elle nécessite la décontextualisation et la reconnaissance de schémas mentaux profonds. Elle ne dépend pas directement de l’analyse ni même de la synthèse qui semblent élémentaires à ce niveau de complexité intellectuelle. Cette abstraction est en réalité plus accessible via le processus d’abduction que celui de déduction ou d’induction. Et elle est de plus associée à une forme particulière de créativité même si celle-ci n’est pas nécessairement d’une grande étendue, car les données nécessaires sont d’ordre conceptuel avant tout. Il est donc plus juste de placer la notion d’abstraction dans le cadre méta-heuristique plutôt que celle de l’heuristique classique qui est elle acceptable par des moyens plus élémentaires. Ne serait-ce que pour le fait qu’elle nécessite le développement et le déploiement d’un ensemble de stratégies non conventionnelles qui se différencient fortement de nos connaissances dans le domaine tactique.

Le problème fondamental de l’abstraction de l’intelligence humaine est celui de la stabilité. En effet dans un cadre excessivement évolutif et par définition non linéaire, il est difficile de conserver des types de connaissances et de le transmettre seulement du point de vue héréditaire aux générations futures. Ceci explique entre autre la nécessité de l’existence d’une didactique qui ne se contente pas d’un rendement jaugé en terme de masse mais d’énergie. Ce type spécifique d’enseignement n’est possible qu’au sein d’un petit groupe afin d’augmenter le facteur de l’impact. De plus il est renforcé par l’effet de groupe qui permet d’absorber des connaissances dans le domaine de la méta-heuristique, fait qui serait tout simplement impossible dans un cadre individuel. Cela ne signifie pas pour autant que cet enseignement ne doit pas être symétrique et doublement libre quant au choix du couple généralisé du maître-disciple. Au contraire, ce dernier est encore plus difficile à mettre en place puisqu’il doit renforcer la compatibilité du groupe. Cette difficulté est certes importante mais une fois dépassée, elle permet de souder le groupe de manière encore plus efficace. Nous avons pu à faire cette expérience cognitive aussi bien au niveau du Groupe Télémaque, du Groupe Spécial de Recherche que de la Compagnie Caméléon. Cette structure de groupe permet en réalité bien plus. En effet, elle représente le moyen adéquat pour stabiliser l’abstraction. La mémoire du groupe gère l’abstraction qui n’est plus dés lors une singularité perturbatrice mais un élément générateur de concepts qui sont réalisés du point de vue mental par le groupe. Aussi la caractéristique de l’intelligence humaine se stabilise via la capacité humaine de réaliser une synergie. L’intelligence est stabilisée par la pensée. De cette manière, elle n’est pas effacée par un système qui est conservatif et qui évite toute perturbation. Aussi la singularité via cette amplification peut devenir une anomalie et produire un impact sur l’humanité. En somme ces notions d’abstraction et de stabilité peuvent être considérées comme les composantes d’un schéma mental créateur.







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