Crime et châtiment : l'exemple de Kazantzaki

N. Lygeros




Dans le domaine du rapport surdoué et masse, l’exemple de Nikos Kazantzaki constitue un véritable paradigme. Son œuvre littéraire et sa vie selon le point de vue de la masse peuvent se résumer par le titre du roman de Fiodor Dostoievski à savoir Crime et Châtiment. Son œuvre a été fondamentalement incomprise. Nikos Kazantzaki considérait lui-même que sa plus grande œuvre était son Odyssée composée de 33.333 vers de 17 pieds. Cependant celle-ci n’eut aucun écho auprès du public. Au contraire celui-ci se passionna pour ses romans qui n’étaient pas d’une grande valeur selon la critique de Nikos Kazantzaki. Dans cette incompréhension totale quant au contenu métaphysique de son œuvre, l’auteur s’est retrouvé condamné par un public devenu masse sous la pression sociale et religieuse. Du coup, même l’épitaphe choisie par Nikos Kazantzaki d’après un texte indien : Je n’espère rien, je n’ai peur de rien, je suis libre, se retrouve écrite au milieu de nulle part, en pleine solitude. Comme si la société voulait prouver par cette réalité qu’elle ne tenait aucun compte de son apport en tant qu’écrivain et créateur. De facto, elle l’a réduit à l’état de marginal qui n’a pu s’intégrer dans la société non par un prétendu snobisme mais par la volonté de celle-ci. La société accepte la mise en scène de ses romans comme celui sur La liberté ou la mort (Capitaine Michalis, en grec) car il appartient à une forme particulière de folklore. Le roman ainsi transformé en pièce, ne remet rien en cause. Il est dans la continuation de ce que désire la société et en particulier la société crétoise. Il s’intègre dans une vente touristique qui met au niveau du futile toutes les valeurs qui caractérisent l’histoire culturelle de l’île de Crète et plus généralement de la Grèce. L’œuvre de Nikos Kazantzaki a été massifiée afin de devenir son propre tombeau de l’oubli. Sa reconnaissance s’est transformée en aéroport d’Héracleion, en musique touristique via la composition de Mikis Théodorakis et en film caricatural via la mise en scène de Michalis Cacoyannis. Toute l’œuvre de Nikos Kazantzaki est réduite à cela pour devenir un objet de consommation courante. Car pour ne pas se tromper, il suffit de voir son tombeau sur les remparts vénitiens de la ville d’Héracleion. Dans cette solitude la plus extrême, dans ce désert en pleine île, se trouve un amas rocheux face à une croix en bois. Isolée du monde et de la société, la tombe de Nikos Kazantzaki pourrait être un cénotaphe et personne ne s’en apercevrait. Elle est à l’image de la volonté de son créateur conscient de n’avoir jamais été véritablement accepté par ses contemporains. La société lui a juste laissé le droit de mourir. C’est en somme la seule liberté que la société lui ait concédée. Elle peut bien accepter qu’il revendique ce qu’il désire seulement il ne peut obtenir que ce qu’elle désire elle. Elle applique la loi de l’offre et de la demande et elle a le monopole. Pour elle, le crime en tant qu’œuvre peut être commis mais elle possède le châtiment à savoir la reconnaissance. Le surdoué est noyé dans la masse et son identité n’est alors qu’une composante anonyme de celle-ci. Tel est le châtiment qu’elle inflige au crime de la création.







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