Un adaggio sostenuto de Beethoven

N. Lygeros




Ludwig van Beethoven dans son opus 27 N°2 intitulé (à présent) Moonlight a décomposé sa sonate en adaggio sostenuto, allegretto et presto agitato. Celle-ci d’après la partition originale doit être quasi una fantasia. Elle date de 1801 mais son caractère est essentiellement diachronique à travers les thèmes qu’elle déploie. Par contre, nous ne tenons pas compte du titre puisqu’il n’est pas dû à Ludwig van Beethoven et qu’il a été forgé après sa mort. Ce qui nous semble important c’est tout d’abord le commentaire global de la sonate quasi una fantasia. Celle-ci permet d’exclure l’interprétation mélancolique de l’adaggio sostenuto qui est de toute manière suivi de l’allegretto. En réalité ce qui nous intéresse c’est la décomposition effectuée au niveau même de cette adaggio sostenuto. Car les jeux des deux mains sont tout-à-fait incomparables. Pour nous, Ludwig van Beethoven accorde à la main droite toutes les caractéristiques de l’adaggio. Tandis que la main gauche joue exclusivement le rôle du soutien. Ce dernier se concentre essentiellement sur le premier temps de chaque mesure avec un doigté pour ainsi dire constant à 2 tons et demi qui exploite les rondes même si parfois comme dans les mesures 5 et 6, il incruste une ronde intermédiaire. Ce motif se dédouble parfois à l’aide de deux blanches. Le dédoublement se produit toujours à la demi-mesure. Et il se produit selon la même méthode à l’aide de noires à la mesure 12 par exemple. Par contre, il opère des variantes au niveau du legato puisqu’il traverse les mesures. Ce jeu de la main gauche qui pourrait paraître extrêmement répétitif représente pourtant le stylobate de la structure musicale. Le soutien est d’une certaine manière double. Il s’effectue à deux niveaux en amont et en aval de la main droite. Ce rôle devient d’ailleurs tout-à-fait perceptible si la main droite joue seule. L’adaggio perd de sa vigueur. Tandis que le jeu de la main gauche semble vide de sens. A cette norme, sur la mesure créée par le jeu de main gauche s’ajoute par la suite 4 crescendo-decrescendo consécutifs puis deux séparés et enfin deux extrêmement longs. Ils s’arcqueboutent dans les mesures pour préparer la fin de ce mouvement qui aboutit naturellement à un point d’orgue. Comme si toute la structure musicale s’étirait jusqu’à la limite de la rupture afin de mourir le plus lentement possible et préparer l’attaque de l’allegretto. L’adaggio sostenuto est une structure à part entière qui dirige l’œuvre globale. Elle donne la ligne directrice qui est sensible même dans le presto agitato. Néanmoins, elle a déjà un sens en elle-même. Elle est déjà une structure même si l’œuvre l’englobe comme une sous-structure. C’est pour cette raison que nous pensons qu’elle mérite une étude particulière qui met en évidence certains schémas mentaux dans la technique de Ludwig van Beethoven mais surtout de la complétude de sa pensée musicale.







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