La nécessité de la liberté religieuse

N. Lygeros




Le problème de la question orientale soulève une autre question à savoir le statut de la liberté religieuse. L’Union Européenne ne peut pas se permettre d’accepter la moindre intolérance dans le domaine religieux. Or la Turquie représente le pays par excellence qui bafoue ces droits. Elle l’a démontré par le passé avec les destructions des cimetières à Chypre, le saccage d’églises arméniennes, grecques et maronites. Mais elle poursuit son œuvre systématiquement comme le prouve les derniers évènements avec l’école d’été pour les enfants grecs dans les îles princières. Officiellement la Turquie n’est pas contre son ouverture mais dans les faits, sa bureaucratie met en place un vrai dédale de formalités. Le résultat de ces entraves indirectes c’est que les enfants grecs ont perdu le mois de juillet comme mois de vacances et pour le mois d’août, au lieu des 250 inscriptions prévues, seulement deux enfants grecs se sont présentés. Ainsi le patriarche grec Bartholoméos qui est l’équivalent du pape pour les orthodoxes a dû ouvrir l’école lui-même et il a déposé une plainte officiellement à l’encontre de la bureaucratie turque. Cet exemple n’est qu’un parmi d’autres. Il en est de même pour l’interdiction de fonctionner pour la grande école de Chalkis dont le symbole est trop important pour être toléré par la Turquie. Pourtant celle-ci a signé les accords de Vienne en 1975 et les accords de Lausanne en 1923. Malgré cela, la situation des grecs qui habitent en Turquie n’a jamais cessé de se détériorer. Le résultat de ces poursuites incessantes c’est que des 150 000 grecs qui vivaient en Turquie en 1923, il n’en reste que 2 500 à l’heure actuelle. Ils espèrent tous que leurs conditions de vie vont s’améliorer même s’ils réalisent qu’ils sont les otages d’une situation géostratégique qui les dépasse. Le problème de la liberté religieuse est donc tout à fait révélateur de l’état actuel des choses. C’est pour cette raison que nous pouvons parler maintenant d’une véritable christianophobie. Celle-ci d’ailleurs regroupe de facto l’ensemble de la population non musulmane sans distinction véritable. Les infidèles sont maltraités de manière globale car ils sont considérés comme les ennemis de cet état qui se dit laïc. Et c’est bien là le paradoxe de la Turquie qui est la prétendue continuation de l’œuvre de Kemal. Elle n’a hérité de lui que la non reconnaissance du génocide des Arméniens, la non reconnaissance du génocide des Pontiques qui est moins connu en raison de la méthodologie du massacre blanc. Car en ce qui concerne la chasse des chrétiens, la Turquie actuelle est la digne héritière de l’empire ottoman. Tout est prétexte pour lutter contre le génocide des chrétiens sur son territoire. Elle a par le passé épuré celui-ci de manière ethnique, à présent elle continue son œuvre dans le domaine religieux. C’est pour cette raison qu’elle n’offre aucune garantie vis-à-vis de l’Union Européenne. Cela représenterait pour la Turquie le reniement d’une véritable tradition. Cela appartient à la culture turque que de maltraiter les chrétiens. Leur permettre de vivre en paix, ne représente pas un effort mais une absurdité pour la Turquie. A travers la religion, l’Union Européenne a mis en évidence un point incurable de la Turquie. Croire qu’elle puisse le modifier en quelques mois c’est tout simplement être faible d’esprit.







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